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samedi 8 octobre 2011

Rois, ours, loups et suisse


II semblerait qu’il puisse exister certaines analogies curieuses entre quelques cantons du Pays Suisse et la région du Pilat et ses alentours.
Nous ouvrirons ce travail de recherches sur des événements historiques. Ces faits méritent notre attention à plus d'un titre car ils pourraient, à brève échéance, déboucher sur des constatations ou hypothèses qui éclaireraient le passé de la région du Pilat sous des angles nouveaux et inédits.
Ce chapitre sera abordé sous deux aspects:
1) Nous commencerons par une étude d'événements, de personnages, de lieux historiquement connus et puisés à des sources bibliographiques incontestables.
2) Ensuite, nous tenterons d'interpréter ce que peut signifier, ou masquer, ces aspects historiques sur des plans plus “hermétiques”, symboliques ou traditionnels. Dans la mesure du possible, une sélection a été faite afin de mettre en relief ce qui se rattache directement à cette région de France et à son passé.
Historique
Nous sommes au Ve S. La tribu germanique des Burgondes s'empare de la Franche-Comté, de la Côte d'Or, de la vallée du Rhône, des pays riverains de la Saône et de ce qui s'appelle, à cette époque, « Cité Ségusiave » : le Lyonnais et le Forez.
Ainsi se fonde le royaume de Burgondie qui durera de 443 à 534. Le siège et la chute d’Autun, grâce au concours des fils de Clovis, mettent fin à cette occupation…
Par les écrits de Sidoine Appolinaire, évêque de Clermont et gendre de l’empereur Avitus, nous possédons quelques chroniques sur ces Burgondes qu’il fréquente sur la région lyonnaise. Ce poète les décrit comme « géant de sept pieds de haut… » (environ 2,30m), mais aussi comme « les plus doux des barbares… »
Ce peuple conserve la division romaine du territoire en ‘Cité’ et ‘Pagus’. La Cité est gérée par un ‘comte’. Ce titre, à l’origine, est un gage de fonctionnariat. Puis un évêque siège et délibère avec le comte en place. Peu à peu le pouvoir spirituel rejoint le temporel… Ces régions restent unies en une seule ‘Cité’ durant toutes les époques mérovingiennes et carolingiennes.
879: Depuis deux ans Charles le Chauve est mort. Après les Normands, les Sarrasins prennent pied sur la Méditerranée. Devant l'incapacité des responsables royaux, les représentants de la Bourgogne, du Lyonnais et de la Provence se réunissent près de Vienne (Isère), à Montailleu, pour former un état indépendant et prennent pour roi un parent de Charles le Chauve, BOZON.
Notons qu'il s'agit du personnage qui devient gouverneur de Vienne après la rédition d'un certain Gérard de Roussillon… qui s’illustra à Vézelay pour les reliques de Marie-Madeleine !
Bozon, ayant souhaité être sacré roi dans la ville de Lyon, règne maintenant sur un territoire, souvent appelé “Royaume de Provence”, qui s'étend du Jura et des Alpes aux Cévennes et de Marseille aux Faucilles... Dans ce nouveau “royaume” se trouvent inclus le Forez et le Jarez.
Bozon décède en 867 à Vienne… Il laisse son royaume trois ans sans successeur. Sa femme, Ermangarde, petite fille de Charlemagne, à force d'intrigues, fait couronner son fils Louis qui accède au pouvoir sous le nom de Louis l'Aveugle.
Ce dernier règne jusqu'en 928. Dès sa disparition une partie du royaume, dont la Provence, est administrée par Hugues, marquis de Provence et Comte de Vienne. Cinq ans plus tard a lieu 1'événement qui nous intéresse:
En 933, l'ensemble des possessions de Louis l'Aveugle est annexé par Rodolphe II, Roi de Burgondie !
A quoi correspond ce territoire? En effet, il ne peut plus s'agir de l'ancien royaume Burgonde dépecé il y a longtemps. Il ne peut, non plus, être question de ce peuple Burgonde « Chrétien, mais de secte arienne, peu violent, travailleur et soucieux de vie calme... ». La question reste entière…
Qui est Rodolphe II? Ce personnage est un allemand de la famille des WULF. Il est issu de la dynastie créée depuis 888 dans le Valais, sur les rives du lac Léman en Suisse! Son territoire se compose d'une portion de la Suisse actuelle, de Bâle, du bassin du Doubs et celui du Rhône jusqu'à Arles. Ce nouvel état, dont la résidence capitale est Vienne… ou Saint Maurice en Valais, porte le nom de ‘Royaume d'Arles’!
A la mort de Rodolphe II, ce royaume est annexé à la Germanie. Il est important de souligner que ces régions Forez, Jarez et Lyonnais restent annexées à l'empire Germanique pratiquement jusqu'à la fin du Xlle S.
Notes annexes à l'Histoire
SUISSE: Revenons quelques instants sur ce canton de Valais en Suisse. II est extrêmement difficile de savoir qui a donné vraiment l'antique nom d'une des principales villes du Valais: SION.
SION dont le nom ancien est DRUSOGMAGUS. Celui, ou celle, qui se trouve à l'origine de ce nom était-il chef de guerre, sage, initié, de souche royale ou encore descendant de la tradition celte?
Si l'on s'en réfère à « la langue des Oiseaux », nous avons là une indication qui nous renvoie à l'ancien nom biblique de la ville de Sion URUSALIM, nom magique et lourd de sens, que nous trouvons sur les cartes d'El Amarna ! La connaissance de cette langue hermétique nous conduit directement à URSUS.
Ours
URSUS = L’ours ! L'ours symbole de la capitale fédérale de la Suisse, l’ours symbole du roi Arthus dans les traditions chevaleresques... l’ours totem des familles de Roussillon… L’ours dans les armes du secteur de SOS dans les Pyrénées… L’ours dont le nom est peut-être celui de la fameuse grotte où se rendaient les Périllos en pèlerinage…
Mais qu'il s'agisse du DRUS romain, du DRUIS des collèges celtiques, de DRYS (fils du chêne en grec) ou de ces rois ours issus de la nuit des temps, c'est sur leur trace que la grande Tradition repose. Toujours est-il que, DRUS ou Roi-Ours, le sens profond de leur connaissance est identique à celui de ceux, parfois prieurs, qui cherchent à renouer avec l'héritage de Jérusalem ou entr’autres, le symbole de l'énigmatique Klingsor constitué probablement, afin de mettre à jour la connaissance de Wolfram Von Esschenbach... Nous noterons au passage l’étrange château attribué légendairement à Klingsor en Espagne et où Otto Rahn est allé pousser ses recherches en compagnie de Himmler… Ne dit-on pas que les origines de ce château, convoité par Napoléon et surtout Salvador Dali, seraient mystérieusement mêlées à celle du vieux territoire de Périllos… en Roussillon ?
Mais revenons à notre ours. Nous savons, grâce à T. Lavallet, que près de Vienne les contrées du Pilat sont rapidement sous le contrôle d'une famille URSEULUS» qui se prétend d'ailleurs « fille de la lune ». Dès le IVe S. le nom change un peu et devient RUSSEOLUS. T. Lavallée les rattache directement aux grandes familles de Roussillon. Cette dernière famille s'imposa sur un secteur assez large du Pilat et alentour par des noms illustres tel: Gérard de Roussillon, Guillaume de Roussillon et son épouse Béatrice, fondatrice du monastère Chartreux de Sainte-Croix-en-Jarez. Nous reviendrons bientôt sur un ou deux éléments qui permettent d’affirmer, contrairement aux ténors en la matière, que la famille de Roussillon fondatrice (par l’épouse interférée) de Ste Croix est bien originaire du sud et non d’un autre lieu…
Est-ce un hasard si le symbole de l'ours, animal essentiellement solaire, est considéré fondamental dans l'alternance des saisons comme l'observe Gaston FOEBUS au XIVe S?
L’ours, emblème de Berne… et d’Artus. Sur la Kornhausplatz, fontaine du « mangeur d’enfant »
Cette représentation de balancement d’une année sur l'autre fait de ce plantigrade, gardien du passage temporel, un étrange Janus à face animal.
N'oublions pas, non plus, qu'il marque l'ambiguïté entre les principes solaire et lunaire. Solaire, par sa présidence au changement d'année solaire. Lunaire, car la mythologie le fait accompagner Artémis, divinité lunaire, dans l’exécution de ses rites. Dans ce cas, l'ours présente une des deux faces de la dialectique liée au mythe lunaire ; en effet, en Gaule, la déesse Àrtio (idem pour Berne) marque l'aspect du caractère féminin de la caste guerrière sous la forme d'un ours ou d'une ourse. Cet état féminin nous renvoie au CERBYD ARTHUR, chariot d'Arthur pour les Gallois, qui y voient les deux constellations à symbolisme Polaire: la grande et la petite ourse, et plus particulièrement la grande ourse (que l’on retrouve dans la grotte ‘Oursv’ de Périllos !).
Enfin, observons que cette constellation est composée de sept étoiles! Dans l'apocalypse (1-16) le Christ du nouvel avènement tient dans sa main droite sept étoiles. Pour la tradition hermétique, l'étoile la plus proche de la main du Christ est curieusement la polaire, premier filet de la constellation boréale… Mais en cherchant bien, il doit exister d'autres manifestations religieuses et symboliques basées sur les sept étoiles et le nouvel avènement, non encore dévoilées... ou révélées.
Loups
Honoré d'Urfé chevalier de l'Astrée
Rodolphe II appartint donc à la famille des WULF. Curieusement, nous retrouvons dans le Forez une famille qui prétend descendre aussi des WULF.
WULF, en langue germanique, vient du mot « loup ». Il est étrange de constater, puisqu'il est question du « FOREST » ou « FOREZ », que les Loups-Wulf y laissèrent un souvenir qui reste tenace dans les très lointaines origines des familles d’URFE!
Anne d'URFE propose la déclinaison suivante du nom de sa famille: WULF > WELFES > VULPHES > ULPHE >ULFE.
Pour des raisons tragiques, son enfant ayant été dévoré par des loups, Pierre d’ULFE change le nom qui deviendra URFE !...
Puis Honoré d’URFE écrit « l’Astrée ». Le loup, sous une approche symbolique et voilée y tient une importance et une place de choix : ce loup et l'exilé (les Volques), les défroques et peaux de loups revêtues comme des totems permettant le mimétisme.
Les héros surtout s'apparentent curieusement au loup:
- Lycidas (Anne d'Urfé) du grec Lycas, le loup.
- Olympe, maîtresse de Lycidas. Cette dernière n'est autre, dans la réalité, que Marguerite de Lupé… Lupé > Lupus > le Loup! Olympe dans la mythologie est la fille de Lupeandre: le loup-garou.
- Climante, le faux druide, apparaît comme un véritable loup-garou, qui entraîne Galathée dans la forêt… Cette forêt (peut-être faut-il lire ‘forest’) qui symbolisa l'enfer et la mort. Pourtant, ce milieu favorise l'indispensable passage d'un état à un autre. Ce milieu «forestier » (où on peut resituer la langue verte !) ne vit et n'existe que par l'arbre qui le constitue de vert (la langue ?) et d'ombre (le secret), et aussi par les animaux qui l'habitent. Dans l'Antiquité, l'âme de cette forêt était représentée par le chêne, et le roi de ce monde végétal hermétique était pour l’occident central et méridional, le loup. Pour la Finlande, le loup aura un compère… l’ours!
Faits isolés sans liens apparents…
Les Burgondes s'implantent sur la région du Forez, Jarez, et Lyonnais... Ces territoires passent de mains royales en mains royales jusqu'à Rodolphe II. Il se déclare roi d'un pays appelé Burgondie. L'origine trouble de ce territoire serait un secteur de Suisse. Rodolphe serait issu d'une famille WULF qui signifierait Loup, totem dont il ne se cache pas pour s’en réclamer. Ses territoires échouent à l'empire germanique jusqu'à la fin du XIIeS.
Notons que :
1) l'emblème totémique de Rodolphe II serait le loup (wulf), et aussi qu'une famille du Forez, ancien territoire de Rodolphe II, conserve un souvenir tenace du nom de cet animal...
2) que l’héraldisme de la ville majeure, dans la région d'origine de Rodolphe II, est l'ours. Du reste, cet animal, l’ours, est l'emblème totémique d’une autre famille implantée dans le massif du Pilat en France.
Les deux animaux, le loup et l'ours, ont des complémentarités symboliques indiscutables et souvent indissociables... qui se retrouvent dans les liaisons historiques, géographiques et traditionnelles du pays de Pilat, Forez, Jarez et le Valaisin en Suisse.
- En février 1627, Catherine de Meuillon demande à acquérir une terre située à ‘Fief Lacombe’ nommée “Trou des Loups”. Cette demande est adressée suite à plusieurs courriers échangés avec Polycarpe de la Rivière, prieur en place à Ste Croix-en-Jarez.
- Catherine de Meuillon est dame de Lupé.
- Polycarpe de la Rivière séjourne au château d’Usson durant l'exil de Marguerite de Valois… Durant la même période où cette cour est assidûment fréquentée par Honoré d’Urfé!
- Toujours à cette cour d’Usson, et à cette époque, on note la présence de Philibert Delorme, architecte qui redessinera le château de Lupé.
- Le ‘Trou des Loups', à ‘Fief Lacombe’, propriété des chartreux de Ste Croix-en-Jarez est inspectée et estimée par un expert désigné sur ordre royal en vue de recensement des mines potentielles. Cet expert est Blumestein qui en 1741 travaillera sur ‘Fief Lacombe’ et sur les mines d’Urfé!
- À la Bibliothèque Municipale de Lyon (Part-Dieu) on note avec curiosité, en consultant la « Revue du Lyonnais » Tome XXX de 1865, p. 50, en marge à gauche, un intéressant « rajout » manuscrit.
Il s'agit de l'article de A. Vachez ayant pour titre « Fondation de la Chartreuse de Ste Croix-cn-Jarez ». En cours de texte : « ...vendue comme bien national pendant la Révolution, la Chartreuse de Ste Croix est devenue un village »… Entre « national » et « pendant » (la Révolution) il a été rajouté par une main anonyme: « à M. Monloup »!
Or, il semble être question nulle part dans les actes retenus à propos de la vente de Ste Croix, que le monastère eut été vendu à un « Monsieur de Monloup... »
- Château de Lupé: Lupus jusqu'au XVIIe S., il sera le triste théâtre de la conception d'une division de la Waffen SS : la Division CHARLEMAGNE. Le numéro militaire de cette dernière est le 33 (sans commentaire) !... Ce sera la dernière manifestation visible de tentative d'un projet de reconstitution nobiliaire du Saint Empire Germanique de Charlemagne… Nous reviendrons plus longuement sur ces évènements, et d'autres à propos de Lupé, dans d'autres articles sur ce site.
A propos de Polycarpe de la Rivière
- Il semble reconnu, par tous les auteurs ayant traité ce sujet, que ce prieur eut accès à des documents ou informations de première importance en ce qui concerne toute une époque du passé de ce secteur géographique du Pilat sur le plan historique. Officiellement, hélas, Polycarpe ne donna jamais, dans un premier temps, les sources d'origine de sa précieuse documentation.
- Dom Polycarpe sera reconnu et soutenu dans ses écrits et publications jusqu'à l'édition de son “Angélique”.
- Dès 1638, sa situation se détériore extrêmement vite et les ouvrages du chartreux sont pratiquement tous censurés et interdits sur intervention des autorités ecclésiastiques. Les écrits concernés par cette ‘censure’ étrange sont surtout ceux ayant attrait à l'histoire ancienne d'Avignon et Provence.
- Son ouvrage: « Vents soubs les eaux- Eaulx sous la terre » est un très curieux travail sur les eaux des secteurs suisses Genevois des lacs Léman et de Vierwald... Le Vierwald est un lac au pied de Pilatus en Suisse!
Suisses !
- « ... Le dernier prieur de Ste Croix, Dom JP Linvhinac et le dernier procureur Dom B. Bon trouvent asile en Suisse en quittant la Chartreuse de Ste Croix… » A. Vachez.
Vachez
- A. VACHEZ, recherchant les documents et archives de Ste Croix ayant éventuellement échappé aux flammes révolutionnaires, correspond avec un érudit ripagérien, ainsi qu’avec une bibliothèque Suisse qui en détiendrait encore une partie conséquente…
- 1993: découverte en Suisse de quelques ouvrages religieux ayant appartenu, avec d'autres objets religieux, à la chartreuse de Ste Croix-en-Jarez.
- Terminons ce propos avec cet extrait de l'ouvrage de J. BEYSSAC écrit en 1926 (cote b.n. 451.458) : « Rapports de l’église de Lyon et de l'ordre des Chartreux ». Au chapitre Ste Croix-en-Jarez, après un bref résumé de la fondation de Ste Croix par Béatrix, puis une liste des principaux donateurs, on peut lire:
« à la suite des Chartreux qui ont eu des rapports intimes avec l'Eglise de Lyon, il y a lieu d'en citer quelqu'autres qui ont été l'objet de libéralités particulières de la part des membres de cette église: AILLON, POMIER et VALON au diocèse de GENEVE, ORGON au diocèse de IAUSANE et VILLENEUVE LEZ AVIGNON »
S'il semble utile de souligner, sans pour autant en donner une explication, la chronologie curieuse des lieux cités, il paraît également opportun d'en souligner certains: POMIER, VALON, ORGON, et… AVIGNON !
Avertissement
S'il faut considérer tous ces éléments et ne plus les écarter de notre travail, il faut toutefois les interpréter avec prudence vis à vis d'une recherche comme celle-ci… Cependant, il semble désormais nécessaire de “compter avec” et de reprendre un certain nombre de données et de faits laissés dans l'oubli et l'ignorance... Parfois dans le domaine du symbolisme et de l'héraldisme, mais aussi et surtout dans certains détails de l'histoire de notre passé.
Nous reviendrons sur tous ces points et les approfondirons au fur et à mesure qu'il le sera utile et nécessaire...
Benoist Riviere

dimanche 28 août 2011

l'histoire insolite du Château des Loups


L’an 665
“Environ l’an six cent soixante cinq, un gentilhomme nommé Valdebert seigneur de Lupé (qui est un château et ancienne place du FOREZ appelé en latin Luponium) fort vertueux et craignant Dieu, grand ami de St Ennemond archevêque de Lyon fut mandé par ce saint pour le venir voir et le consoler dans les grandes persécutions que lui faisait Ebroin...” Ce texte de J. Marie de la Mure, traduit en 1674, relate un évènement remontant au 7ème S. et fait état de l’importance des seigneurs de Lupé.
Le Loup pour arme parlante
Les Lupé sont une des rares familles de France à porter dans leur blason le symbole du Loup (Lupus). Déjà Paradin dans “Histoire de Lyon” nomme le site “Villam Lupoïcum”, soit “Villa du Loup”. Nous ne ferons, ici, qu’aborder sommairement le symbolisme du loup. Disons d’abord que le loup est la lumière, le soleil, le guerrier et l’ancêtre mythique. Grecs et Nordiques sont en accord sur ce point. Retrouvons pour mémoire la femelle loup de Monnolycée, nourricière de l’Achéon... aussi le vêtement de peau de loup couvrant Hadès roi des enfers... Le dieu de la mort des Etrusques, avec ses oreilles de loup... la résurrection d’Osiris sera prévue sous la forme de cet animal (Diodore de Sicile)... Zeus prend les traits du loup pour recevoir les offrandes destinées à faire venir la pluie...
La vieille famille de Lupé
Le document le plus ancien faisant état de cette famille remonte à 662 ou 665 et est cité, ci-dessus, par J.M. de la Mure. D’autres écrits montrent l’importance des Lupé qui entretiennent leur propre armée. Ils sont en outre conseillés auprès des rois et des princes en place qui les appellent “Cousin”... Fait très rare, au combat ils marchent même devant l’oriflamme des rois, ce qui fait d’eux une des premières et des plus anciennes noblesses de France dont l’origine serait la lignée directe de Mérovée! Cette importance se maintiendra jusqu’au règne de Charlemagne. A ce moment Lupé semble jouer un rôle capital pour une opération sur laquelle nous possédons peu d’éléments. Nous savons seulement que le château abrita un dépôt extraordinaire.
Les Falatier et la grande Ourse
Château de Lupé
Au Xe S. la famille de Falatier prend possession des domaines de Lupé. C’est à ce moment que le château prend la forme de base que nous lui connaissons. Certains écrits, dont ceux de G.M. de Waldan, relatent que les tours du bâtiment principal et les tourelles de l’enceinte secondaire auraient été implantées selon la projection de la Grande Ourse... avec pour axe principal l’étoile Polaire. En ce cas nous remarquons que le plan du corps d’habitation seigneurial reproduit un polygone à 7 côtés!
... Sous l’autorité des Templiers!
- Fin de l’an 1274, le pape, le roi de France, l’archevêque de Lyon et l’évêque de Vienne séjournent à Lupé sans que l’on ne sache vraiment le véritable motif de cette visite inhabituelle et sûrement capitale pour justifier un tel déplacement qui devait demander une solide intendance!
- Guigue de Falatier et ses fils font partie des derniers renforts envoyés sur ordre royal aux derniers croisés retranchés dans St Jean d’Acre... sous les ordres de Guillaume de Roussillon, leur voisin de pays et époux de Béatrice, fondatrice de la Chartreuse de Ste Croix. Seul Guigue reviendra de ce désastre suicidaire. Notons au passage que la mission de cette ultime expédition sans espoir était de se mettre sous l’autorité des Chevaliers du Temple... “à seule fin de sauver de l’essentiel ce que peut”; On peut encore se demander de quoi se composait cet essentiel?
Alliance avec la maison d’Arques
Château d'Arques (Aude)
Puis le domaine de Lupé passe, par alliance aux de Gaste.
Un fait très curieux sous cette famille mérite que l’on s’y arrête. Nous sommes à une époque où la chute du Temple est consommée. Pourtant un document atteste une transaction, passée au Puy-en-Velay, entre Guillaume de Gaste et les templiers de Marlhette (l’unique maison forte du Temple dans le Pilat). Si une transaction n’a rien d’extraordinaire, précisons que le document est daté de 1339. A cette date nous sommes obligés de souligner que l’ordre du Temple est suspendu depuis 1312... date du concile de Vienne, justement au pied du Pilat!
Les de Gaste détenaient le droit de haute et basse justice, par faveur royale, par le seul fait d’être seigneurs de Lupé!
Autre fait insolite: la double alliance entre les de Gaste et les de Joyeuse.
- Anne de Gaste épouse François de Joyeuse.
- Claude de Gaste (frère d’Anne) épouse Françoise de Joyeuse, tante du cardinal de Joyeuse.
Rappelons que les de Joyeuse étaient seigneurs d’Arques, près de Rennes-le-Château. Pourquoi une double alliance sur le frère et la soeur avec les seigneurs d’Arques... dont les domaines sont à plus de 500 km et donc sans espoir d’extension de territoire solidaire et tenant? A moins, et cela semble évident, qu’il n’y ait une exigence majeure et impérieuse justifiant une telle alliance. Ce dut être le cas, mais pour quelle raison?
L’énigme des Urfé
De l’union de Claude de Gaste et de Françoise de Joyeuse naîtront 4 enfants. L’un d’eux, Marguerite de Gaste, sera chantée par Anne d’Urfé qui en était follement épris.
Les Urfé, dont le nom dérive des Ulfe et des Wulff... encore des loups, mais germaniques cette fois!
Honoré d’Urfé écrira “L’Astrée” dont tant de passages se rattachent aux loups, déguisés ou non: les Volques Tectosages, Lycidas, Olympe fille de Lupeandre... identifiée à Marguerite de Gaste Lupé! A la lecture de L’Astrée il est indéniable que la famille d’Urfé ait été en possession d’un très haut niveau initiatique apprécié d’autre part par ceux qui fréquentaient le lieu.
19 décembre 1598. Catherine de Millon, dame de Lupé, épouse Rostrale du Baume Comte de Suse. Elle négociera avec Polycarpe de la Rivière, prieur de la chartreuse de Ste Croix (construite par Béatrice de Roussillon) pour le rachat à prix d’or de “Fief Lacombe”. En vérité, sur ce lieu aurait été ouvert un puits de mine pour en faire extraire du plomb... par des ouvriers qualifiés venus expressément d’Allemagne! Ces faits sont confirmés par Blumenstein chargé, sur ordre royal, d’estimer les mines cartusiennes en 1741. Blumenstein travaillait au même moment pour les Urfé. Ajoutons enfin que la mine de “Fief Lacombe” s’appelait “Trou du loup”!!!
Le temps des Loups et des Louveteaux
Sur un courrier adressé à Polycarpe Catherine de Meuillon confie, pour justifier l’achat impératif de cette terre: “ le temps des Loups tout proche et les Louveteaux en le pays...” De quel temps et de quoi est-il question dans cette phrase que le prieur semble très bien comprendre? En outre “Louveteaux” (avec une majuscule) s’appliquera, plus tard, aux membres d’une société très “discrète”, qui aura aussi, en son temps, des intérêts dans une partie de cette énigme.
Territoire de Lupé (Loire)
Le prieur Polycarpe
Au moment des faits il est prieur de la chartreuse de Ste Croix très proche de Lupé. Son nom de chartreux est Polycarpe de la Rivière, mais sa véritable identité est une énigme que personne n’a pu résoudre à ce jour. On sait seulement qu’il est d’origine noble de haut rang. Il est éduqué et instruit, de 1586 à 1605, justement à la cour d’Urfé, au château d’Usson (même orthographe que celui des Corbières) où était hébergée, pour raison de sécurité, Marguerite de Valois. Au départ de cette dernière “on” lui conseille vivement d’entrer dans l’ordre des Chartreux où il sera presque aussitôt admis au grade de prieur, ce qui est une exception remarquable.
Un “thrésor inestimable...”
Dès son arrivée à Ste Croix, Polycarpe aurait mis à jour subitement ce qu’il décrit comme un “thrésor inestimable” qui lui aurait permis de financer la reconstruction presque totale de cette chartreuse... après en avoir détruit une partie et modifié considérablement l’axe principal. Il prendra soin de sauvegarder les détails les plus hautement hermétiques et symboliques. Il semblerait qu’il ait surtout mis à jour des documents qui lui permettraient d’écrire une nouvelle généalogie des rois de France et une “véritable histoire des origines de la religion”. Le tout sera fermement censuré par le Vatican avec interdiction d’aller plus avant dans cette grave “hérésie criminelle”. Cette mise en garde sera assortie de fermes menaces d’emprisonnement et d’un procès par l’inquisition. Une telle mesure pour dissimuler quelle formidable vérité ?
Il aura le temps de commencer son oeuvre forte de plus de 2000 pages manuscrites... sur une desquelles, d’ailleurs, il recommande vivement la restitution à un certain “Roy Denys” d’un certain “fabuleux thrésor”...
Les modifications de Philibert Delorme
A Usson Polycarpe rencontra forcément un autre érudit, ami d’un certain Nicolas Poussin et d’un certain Charles Perrault, le célèbre architecte Philibert Delorme... qui, durant les travaux de Ste Croix, modifiait considérablement certaines parties souterraines, et de surface, du château de Lupé: démolition de l’ancienne entrée, les défenses secondaires, comblement des douves au niveau des souterrains et une partie de la cour intérieure... effaçant ainsi, à jamais, le tracé de la constellation de la Grande Ourse et l’axe sur la Polaire.
Vue de la salle innondée sous le château
Un lieu très ancien
Mais si les structures du château subissaient des modifications importantes, les accès extérieurs et la topographie restaient inchangés et chargés d’un mystérieux passé mégalithique, druidique aux consonances particulièrement symboliques: Belin, le Plat-Belin, l’Ermitage, Sallecroix...
Lupé (42) est au sud-ouest de Vienne (38), au-dessus de St pierre de bœuf et peu avant Maclas. Les vestiges que l’on trouve encore dans le village attestent de l’importance des anciennes fortifications exceptionnelles en ce lieu. Une des premières portes de la Provence, Lupé défendait et verrouillait la voie antique remontant sur la Haute-Loire.
Encore l’ordre du Temple!
L’Ordre du Temple utilisait régulièrement ce cheminement pour véhiculer discrètement, en toute sécurité, l’argent, le plomb et l’or provenant de ses mines du secteur de Bourg-Argental... et d’autres étranges métaux aux effets moins métalliques que spectaculaires, peu connus pour l’époque, tel que des minerais un peu radioactifs... comme le prouve la fameuse coupe “d’Embertauld” que la commanderie templière de Marlhette semblait détenir jalousement!!! L’objet disparaîtra avant l’arrestation des Templiers. Si on dit qu’elle stationna, en toute sécurité et discrétion, dans les murs du château de Lupé, on ajoute qu’elle donnait la possibilité de tuer par étranges brûlures... ou au contraire soigner miraculeusement des maladies irrémédiables, selon le côté ou l’on conseillait de poser les lèvres.
Marie-Madeleine et la maison oubliée
Le pentacle sur la fenêtre (Champailler)
Du château part un chemin bien innocent. Il serpente de hameaux en fermes, tous et toutes appartenant aux Lupé, jusqu’à une chapelle Ste Marie-Magdeleine. Suivons le sentier et passons “la Pierre des Morts”. Nous arrivons au hameau de Champailler. Ici le temps s’est arrêté. Il restait là une énorme bâtisse ancienne percée d’ouvertures du plus pur style gothique. L’une des fenêtres s’ornait d’une sculpture étrange prise dans un pentagone. A l’intérieur trois formes: une silhouette anthropomorphe et cruciforme constitue une sorte d’axe. De part et d’autre deux êtres plus petits équilibrent l’ensemble. Celui de droite agenouillé tendant bras et mains touche la croix. Le trait de son vêtement symboliserait une femme. A gauche le second personnage ne touche pas la croix, les traits dans son dos présentent des ailes d’ange.
Ce qui était caché!
Mais le plus curieux était à l’intérieur. En vérité ce bâtiment en contient un autre plus petit qui s’y imbrique comme une sorte de ‘poupée gigogne’. Une sorte d’étui défiant à la fois le temps et la vue du simple passant. Ce qui était l’entrée principale de cette maison intérieure s’encadrait de sculptures gothiques intactes extrêmement riches de symboles ésotériques: croissants, pyramides tronquées... le tout s’achevait sur une croix potencée désaxée ostensiblement de 7 à 8 degrés. Cette dernière surmontait ce que l’on pouvait prendre pour une fleur de lys et qui était en vérité un pique de gardian... tel que l’on peut en voir aux Stes Maries de la Mer... A l’intérieur du bâtiment les clichés infra-rouges laissent apparaître plusieurs cavités obstruées.
Dans ses écrits Jean-Marcel Blandenct (1876) affirme que cette construction défendait le chemin de Ste Madeleine. Si l’épaisseur des murs confirme cette affirmation, l’intérêt visible du lieu ne justifie en rien un système de défense de cet ordre mis en place pour défendre un étroit chemin de montagne oublié ne desservant qu’un modeste lieu de pèlerinage annuel et localisé. A moins que l’écrin ne soit à la hauteur du joyau qu’il était chargé de protéger?
N.B. Le lecteur constatera que le temps utilisé pour ce chapitre est l’imparfait... Car depuis quelques temps tout été détruit à l’intérieur du bâtiment... Mais nous savons un dossier complet, relevés et photos, en sûreté.
Une chapelle et un tableau pour Bérenger Saunière
Après cette étrange halte, poursuivons le périple par des lieux dont nous retiendrons les noms: “Le Purgatoire”, “Le Paradis”, “L’Ermite”, “L’Enfer”... Nous arrivons enfin à “La Trève du Loup” et au but, sans issue, de notre cheminement: la chapelle Ste Madeleine. Là encore le petit édifice dénué de style ne justifie toujours pas un tel luxe de protection. Seul à l’intérieur un tableau peut retenir le regard. Il s’agit d’une représentation de Marie-Madeleine... dont nous avons la preuve qu’elle servit de modèle à Bérenger Saunière pour la peinture son maître-autel!!
La pauvre chapelle fut victime de plusieurs pillages. Etranges pillards qui se contentèrent d’un ex-voto... de vieilles pierres sans intérêt! Voleurs sans connaissances ou... amateurs avertis? Avertis et même très bien, c’est sans doute ce que furent les derniers pillards car le tableau de Marie-madeleine fut volé à son tour il y a peu de temps après des difficultés incroyables.
Le tableau volé de Marie Madeleine
Galeries souterraines et menaces
Le petit hameau se trouvant juste avant la chapelle fut le lieu de bien curieuses recherches. Il était dit que ce lieu était le départ de plusieurs galeries souterraines. Au début du siècle l’un des boyaux fut retrouvé et dégagé. Un ancien paysan ayant vécu ici se souvient, qu’enfant, son père parlait d’abord de la visite de deux prêtres, puis de plusieurs “Messieurs” qui l’embauchèrent pour dégager l’accès à la galerie. Ceci fait, il le prièrent de ne plus remettre les pieds ici en raisons d’émanations et de risques d’effondrements... mais y travaillèrent 2 jours durant, et firent tout écrouler avant de quitter le lieu. Les étranges terrassiers avaient mis à jour une sorte de “caisse à poignées et plusieurs paquets d’écrits en tubes” qu’ils déclarèrent sans la plus petite valeur à l’habitant du hameau...
Le secret de la Division Charlemagne
Mais revenons enfin au château de Lupé... qui aurait abrité deux illustres personnages: François Rabelais et... Michel de Nostredame. Peut-être y étaient ils venus trouver quelques gouliardises?
-Enfin Lupé s’apprêtait à vivre son épisode le plus obscur. C’est en effet dans ce château, sous l’impulsion de Mgr Mayol de Lupé que s’organisait puis naissait la tristement célèbre division S.S. “Charlemagne”!
Le projet de cette division prévoyait de réunir sous cette “bannière”, après guerre, une aristocratie dont le but inavoué et “souterrain”, était ni plus ni moins que la tentative de reconstitution du Saint Empire Germanique. Mgr Mayol de Lupé était Grand aumônier de cette division Waffen-SS dont le numéro était le 33!!!
On est en droit de se demander pourquoi cette “création d’exception” au château de Lupé, et en aucun autre endroit, perdu, oublié, sans plus d’éclat, ampleur ni célébrité, et ne correspondant pas, du moins visiblement et extérieurement, aux habitudes et impératifs militaires nazis?
Ces derniers se comportèrent très discrètement dans le village... presque clandestinement pourrait-on dire. Et puis il y eut ces topographes allemands qui accompagnant les officiers allemands, pour exécuter des relevés et mesures étranges, dans certains lieux alentours du château. On dit encore que des historiens et des experts en archéologie, acquis à la cause des Nazis séjournèrent aussi dans les murs du château. Pour s’y livrer à quelles recherches?
Enfin ne pourrait-on pas rapprocher ces travaux, inhabituels pour des guerriers de l’absolutisme, d’un certain Otto Rahn qui ne manqua pas de venir séjourner ici avant de descendre plus vers le Sud, Montségur et Montréal-de-Sos.
Des découvertes et un puits
Il y a moins de 10 ans, des travaux importants de réhabilitations furent conduits dans le château de Lupé. Des gravures, des peintures se trouvèrent remises en valeur. Des documents concernant des travaux très anciens seront retrouvés à cette occasion... entre les poutres des plafonds... afin que la poussière ne tombe pas! Nous dit-on avec le plus grand sérieux!!!
Avec les S. Pompiers la descente dans les puits
Puis encore, une représentation en peinture murale discrète (17ème S.) représentant un château et ses terres fut nettoyée et étudiée. Elle ne représentait pas Lupé ou un propriété connue appartenant au domaine des familles du château. Certains experts y auraient reconnu la reproduction d’un ancien domaine du secteur roussillonnais!
Enfin le 15 janvier 1988, avec l’autorisation des propriétaires et l’aide des Sapeurs Pompiers, avait lieu la descente dans le grand puits de la cour rénovée par Philibert Delorme. Ce que l’on croyait, d’en haut, être un puits, ne l’était en vérité que par sa margelle et sa descente. Plus de 10 mètres plus bas, la cavité vidée par les puissantes pompes de secours, était en réalité une ancienne salle voûtée avec un accès aux très anciennes “parties basses” de l’antique château. Des parties murées partent dans deux directions. Une des maçonneries semble plus récente et comporte quelques signes anciens symboliques et runiques en teinte ocre sombre. Pourquoi et pour qui Philibert Delorme préserva-t-il cette section souterraine des époques wisigothes... que les nazis ne pouvaient ignorer venant ici en toutes connaissances de causes ?
Lupé n’a sans doute pas encore délivré l’intégralité de ses secrets et quelque part aux tréfonds de ses murailles séculières reposent encore, sans doute, bien des éléments de la grande tradition...
André Douzet