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dimanche 28 août 2011

Béatrix dame de Châteauneuf

‘Nihil Obstat’ et ‘imprimatur’ pour le passé
Nous poursuivons la présentation de différents documents anciens écrits par des auteurs locaux à propos des régions du Pilat ou de ce dernier lui-même.
Cette fois, notre choix se porte sur un fascicule publié en 1912 aux imprimeries BRUYERE FRERES à Rive-de-Gier. Il a pour titre ‘BEATRIX Dame de Châteauneuf’. Un tel ouvrage, ou du moins une fraction seulement, ne pouvait que trouver sa place sur cette colonne. Certes, on peut y trouver une connotation quelque peu religieuse, accentuée encore par la formule ‘Nihil Obstat’ du chanoine Aubonnet, Supérieur de l’Ecole de Théologie de Francheville… ainsi que l’Imprimatur en date du 22 août 1911 de Mgr Louis Jean, évêque d’Hiérapolis.
Ouvrage nostalgique dont la portée historique est en fait un résumé qui peut suffire largement pour une recherche sommaire. Une cinquantaine de pages de 16X25 cm se répartit en 5 petits chapitres : Béatrix et sa grande œuvre - L’œuvre de Béatrix sous les coups de la Révolution - Une consécration des souvenirs - Réflexions d’un promeneur, et enfin : Notes sur le patois de Châteauneuf. L’introduction de l’ouvrage est signée Eugène Chipier, personnage bien connu à Rive-de-Gier, dont le nom fut donné à la première place de cette ville. Cependant, ce livre n’étant pas signé, rien ne prouve que ce soit E. Chipier qui en soit l’auteur. Notons que le chapitre final sur l’ancestral parler de ce secteur mériterait l’attention de ceux, celles, souhaitant conserver, ou pratiquer, cette langue qui fut celle des anciens du pays. Nous ne confondrons pas ce bref lexique local avec le ‘vocabulaire de Rive-de-Gier’ qui fait l’objet d’un volume entier.
Bref descriptif historique et topographique
On trouvera une description du château rejoignant les indications d’A. Vacher vues précédemment… Il en sera ainsi des possessions dont cette place était partie intégrante ou seigneurie principale selon les âges. Une brève analyse du nom de Rive-de-Gier et de ses premiers aménagements nous montre l’importance stratégique de ces deux structures, autrefois indépendantes mais difficilement dissociables. Nous verrons plus tard que sur bien des points les confins de Rive-de-Gier et de Châteauneuf firent bon ménage en des circonstances notoires. Ces dernières se montrent utiles, par exemple, pour l’histoire, le passé et les vestiges de la chapelle de la Madeleine. Ce sanctuaire oublié est aujourd’hui enfoui vers l’échangeur de l’autoroute au pied du castel. Sous peu, nous exhumerons ce précieux vestige, sombré dans l’oubli, qui nous intéressera particulièrement avec l’ouverture d’un dossier que nous appellerons ‘A l’hasard de l’affaire Lazare’ et dont peu de ténors font mention avec précision. Notons, avec surprise et amusement, que chaque fois que certains auteurs ne peuvent disposer, malgré de pitoyables efforts, de nos éléments… ces derniers sont régulièrement taxés de douteux, voire ‘canulardesques’ ou inexistants ! On ne peut qu’applaudir à cet art difficile dont l’exercice permet de contourner l’obstacle en évitant le constat d’impuissance.
Sur les pas de Béatrix
Cet extrait nostalgique et sans prétention, ici présenté, s’attache non seulement au passé détaillé du site mais aussi à ses personnages, sans doute les plus remarqués, Guillaume de Roussillon et son épouse Béatrix, fille de la Tour du Pin. Ces deux personnages nous feront rebondir sur les zones d’ombre formant la fondation du monastère chartreux et d’autres événements, souvent déformés, s’étant déroulés en ces contrées énigmatiques. Les citations de l’ouvrage vont nous permettre de prendre la balle au bond et de nous approcher plus près de cette dame de Roussillon, des ‘maisons’ autour du château -l’arsenal par exemple- et de la suivre pas à pas jusqu’à ce lieu occupé depuis fort longtemps (et nous avons été les premiers à en faire mention, sous la huée générale !) qui deviendra une forteresse de l’Esprit et d’un savoir particulier dont elle sera le sanctuaire. Pour ces raisons, nous souhaitions présenter cet extrait qui, sous coloration de vulgarisation populaire, donne une bonne approche du passé de Châteauneuf… que nous parcourons sans plus attendre.
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Pour la plupart, l'amour de la patrie consiste pratiquement à s'intéresser à cette parcelle du sol national, de laquelle chacun dit : Mon pays, mon clocher. Or, un des moyens d'entretenir ce beau sentiment, n'est-ce pas le souvenir historique et local ?
Longtemps, ce souvenir fut négligé. Le XVIIIe siècle faisait surtout de l'histoire romaine et grecque (Rollin : traité des Etudes). Survint la Révolution, faisant flamber des monceaux de documents ; car pour elle, plus haut que 1789, rien qui mérite attention. Dans ce vide, que savait-on sur l'histoire locale ? Peu de choses, parfois des légendes ridicules. Ainsi à Châteauneuf, à la vue de ces débris, nous disions : construction de Sarrasins. Nous contions qu'une fois il y avait là une dame méchante, cruelle. En 1844, un homme, dont le style respire l'attachement à son pays publiait : ‘Recherches historiques sur la ville de Rive-de-Gier’. On y lit sur cette châtelaine : ‘dame que la tradition accuse de crimes monstrueux’ (1). Monstrueux, oui, car on la disait gourmande de la chair d'enfant. D'où un conte pareil ? Sans doute de ce que les mamans disaient à leurs petits désobéissants: « La dame va te prendre. Gare, la dame va te manger ! »
Quoique révolutionnaire, notre époque a ceci de sage qu'elle s'est mise à rechercher les souvenirs, même ceux d'intérêt local. Ainsi, au chef-lieu, à Montbrison, nous avons la société dite ‘La Diana’, abrégé de Décanat, l'ancien doyenné étant le lieu de ses réunions. De même que l'Etat dépensa des sommes à seule fin de dégager, en telle cathédrale, de magnifiques appareils, masqués de plâtre au XVIIIe siècle, de même les chercheurs dépensèrent beaucoup de patience, afin de dégager, déplâtrer des figures historiques de l'histoire locale. Un exemple de ces personnages rendus à la vérité, c'est la dame de Châteauneuf, Béatrix. Elle apparut digne de tout respect. Il semblait que, en rattachant à cette figure certains détails d'histoire locale, on formerait un tableau intéressant, surtout pour la vallée du Gier. Ce tableau, on a essayé ici de l'esquisser avec le désir de renseigner telles personnes qui n'ont le loisir ni de chercher ni de beaucoup lire, de qui cependant il est vrai de dire : QUI AIME SON PAYS EN AIME TOUS LES BEAUX SOUVENIRS.
Béatrix et sa grande œuvre
Au sortir de Rive-de-Gier, par la route de Lyon, au point où se joint à elle la route de Givors, on aperçoit sur l'autre bord du Gier une cime portant une chapelle. A côté et au-dessus, une haute statue, la Sainte Vierge aux bras ouverts, imitation de celle qui couronne l'ancien clocher de Fourvière. Ici la statue domine une croupe découpée presque en triangle, sur la ligne boisée qui forme à la vallée comme une muraille verdoyante, le long de cette prairie des Etaings, animée par l'usine Marrel, qui occupe toute une population. Cette croupe présente comme une série d'étages, vagues traces d'habitations disparues. La cime et le côté oriental sont parsemés de ruines embroussaillées. Un pan de muraille, d'une épaisseur d'un mètre et demi, se dresse comme un clocher et reste debout, bravant les tempêtes. On dirait un géant persistant là, pour protester contre les ravages du temps.

Singularité des noms, ces vieux débris s'appellent Châteauneuf. En effet, là fut un château ou, comme on disait, un chastel. Bâti ou rebâti, comment fut-il appelé Neuf ? Sans doute par comparaison avec les forteresses qui avaient commencé de hérisser nos cimes dès le démembrement de l'Empire au traité de Verdun 843 et déjà en pleine invasion des Normands: de là sortit la Féodalité. C'était une organisation, où un moins fort faisait hommage à un plus fort, c'est-à-dire se déclarait son homme, pour leur défense mutuelle. Les plus forts, s'associant, devinrent les seigneurs. Autour de leurs châteaux, les populations se groupèrent afin de vivre à l'abri des envahisseurs et des bandits. Les abus ne sont ni la chose ni l'idée. Dans son idée, qu'était la Féodalité ? Une vaste société de secours mutuels.
A quelle époque Châteauneuf fut-il bâti ? Apparemment vers l'an MCC ; car la plus ancienne mention paraît dans un traité de 1220 (1). Quel en était l'aspect ? On s'en fait une idée par le dessin tracé en 1789 par Jean-Jacques de Boissieu, célèbre graveur natif de Lyon mais appartenant à la vallée du Gier par des attaches familiale et territoriale avec la région de Saint-Jean-Toulas. Ce château apparaît, face au levant, avec une terrasse avancée sur un mur formant arcade. La demeure seigneuriale est sur le plan d'un carré long. La façade, percée de deux croisées ou fenêtres partagées en croix, est couronnée de créneaux. Elle présente aux deux extrémités deux tours carrées. Celle du midi est sans croisée et sans créneau. Lui est accolée une tour ronde et de celle-ci part vers le midi un mur crénelé. La tour carrée du nord est percée de quatre croisées superposées deux à deux et indiquant deux étages, dont l'un, l'inférieur, est au niveau des deux croisées de la façade. Cette tour est crénelée. Lui est accolée une tour ronde et crénelée, montant jusqu'à moitié de la hauteur de la tour carrée. Derrière celle-ci, et orientée entre le levant et le midi, apparaît la chapelle avec le clocher actuel mais terminé en flèche timide. Aujourd'hui, on ne voit plus que la chapelle et le pan de mur qui brave les tempêtes. Ce que le dessin ne pouvait pas reproduire, c'est le donjon alors détruit. Il se dressait jadis derrière la tour carrée, le long de la chapelle et sur le rocher. Il reste de cette tour la racine, justement ce qui forme piédestal à la statue. D'après un plan terrier aux archives du Rhône, on sait qu'avant la Révolution le cimetière était à la place actuelle.
Par ses murs, Châteauneuf se dressait en vraie forteresse et aussi par son site. Au nord et au levant, le sol descend en pente ardue ; au couchant, un ravin profond et au midi un retranchement creusé de main d'homme. Il fait face au portail, tout récemment posé, du cimetière agrandi.
Châteauneuf était presque à côté d'une autre forteresse, Rive-de-Gier. Vers la fin du Xe siècle, cette localité s'appelait encore : Ambroniacus (A. Bernard : cartulaire de Savigny). Que signifie ce nom ? Peut-être : propriété d'Ambronius : Ambroni-acus. Peut-être aussi ce nom celtique veut dire localité autour de la rivière (amb-ron). Plus tard, avec l'étendue des relations, il fallut préciser. Alors on dut dire : Rivière du Gier, Rive-de-Gier (Vacher : ‘l’ancien pays de Jarez’, p.10). Apparemment, la ville actuelle commença par un pont. Se détachant vers Brignais de la voie romaine de Lyon à la Narbonnaise une voie montait à Taluyers (M.C. Guigue : ‘les voies antiques du Lyonnais’. Voir la carte). Elle passait le Bosançon sur un pont qui sert encore entre St-Maurice et St-Joseph. Il se trouve en aval d'une arche de l'aqueduc qui amenait à Lyon les eaux du Pilat (Puy, Pic, lat, peut-être de ïatus gros, large). Le Bosançon passé, on atteignait le plateau de Montbressieu puis, par le chemin de Montjoint, on descendait sur le Gier. Là et sur le roc se trouvait un resserrement qui facilitait le passage sur la rive droite, large et commode, tandis que la gauche se présentait escarpée et découpée. Là, il avait été facile de faire un pont. Une fois sur la rive droite, on allait par Saint-Chamond, Saint-Etienne et Firminy jusqu'à Saint-Bonnet-le-Château, point de jonction entre la voie romaine de Lyon à Bordeaux par Rodez, celle dont Strabon dit : « voie à travers les monts Cévennes, jusqu'aux Santons et l'Aquitaine »(I.IV). Le pont romain s'élevait à la place de celui d'aujourd'hui, mais sa chaussée plus étroite avait en hauteur un mètre de plus (Chambeyron : ‘recherches historiques sur la ville de Rive-de-Gier’). Il fut démoli sous Charles X. Quant à la route par la Roussilière, elle ne fut commencée qu'en 1702 (Chambeyron, p. 89). Pour défendre le pont romain de Rive-de-Gier, on bâtit un château entre ce pont et le rocher qui porte l'église actuelle. Celle-ci, haut et vaste pavillon, tout en peintures glorifiant l'Eucharistie et Notre-Dame, remplace un monument d'une certaine majesté, avec son abside à colonnettes cannelées et ses ouvertures couronnées de l'arc roman. Ce monument trouvé insuffisant fut démoli en 4818 (Chambeyron, p.141). Encore aujourd'hui, la rue qui longe le chevet de l'église s'appelle rue du Château. Ce fort fut entouré de murs et fossés dont l’emplacement reste marqué par deux boulevards, traditionnellement dits celui du levant, le Plâtre, et celui du midi, la Grand Ranche, actuellement boulevards Victor Hugo et Waldeck-Rousseau. Comment ces deux étrangers ont-il mérité ce haut droit de cité ? On a oublié d'en dire un mot sur la plaque. Ces deux boulevards descendent vers le Gier et marquent largement le tracé de l'ancienne ceinture. Voilà le noyau de cette ville si active, chef-lieu de Châteauneuf. Renaud, des comtes de Forez, archevêque de Lyon de 1193 à 1226, fortifia Rive-de-Gier « Villam quoque de Ripa Gierii muris et aggeribus muniri fecit » (Obit. Lugd. Eccl.).
Au Moyen-âge, Châteauneuf et Rive-de-Gier se trouvaient dans une partie du pays lyonnais appelée le Jarez ou territoire du Gier (Jaris, ager Jarensis). Dans un document de 868, on trouve Garensis (M.C. Guigue Cartul. Lyonnais, I, 3.). La rivière voisine du Gier à son embouchure s'appelant Garon, comme qui dirait Petit Gier, il semble que l'ancien nom du Gier soit Gar ou Garus (A. Devaux : ‘Noms de lieux’, 1898) semblable à Garonne qui, paraît-il, signifie bruyante. De fait, le Gier devient vite bruyant et il s'élance d'une cascade, le Saut du Gier. Jaris serait donc le mot Garus adouci.
Or, en ce pays de Jarez et au milieu du XIIIe siècle, à qui appartenait Châteauneuf ? A la famille de Roussillon, venue par mariage du Dauphiné dans le Jarez. En 1270, date de la mort de Saint-Louis, le seigneur de Châteauneuf avait nom Guillaume et son épouse, Béatrix. Etaient-ils de grands personnages? Guillaume était seigneur de Roussillon, sur les bords du Rhône, arrondissement de Vienne. Il était seigneur de Riverie qui s'appelait alors Riviriacus, peut-être de Rivïri-acus, propriété de Rivirius, ou de Riviria, localité au-dessus du ruisseau. Or, la seule seigneurie de Riverie correspondait à sept de nos communes : Saint-Romain-en-Jarez, Sainte-Catherine, Riverie, Saint-Didier, Saint-André, Saint-Sorlin, Chaussan. De par le testament de son cousin Aymar en 1271, Guillaume devint seigneur d'Annonay. Sa mère Artaude était fille de Guy IV et sœur de Guy V, ces comtes de Forez dont le chastel couronnait la butte au pied de laquelle est Montbrison ; imposant manoir, dont le temps n'a totalement ni abattu les murs et tours, ni effacé les chemins. Guillaume était frère d'Aymar, d'abord moine à Cluny, puis élu archevêque de Lyon dans le second des conciles tenus en cette ville, en 1274 ; frère encore d'Amédée, d'abord abbé de Savigny, puis évêque de Valence et en même temps de Die. L'une de ses deux sœurs, Alix, épousa Ponce Bastet, seigneur de Crussol, dont le chastel sur le Rhône, en face de Valence, élève encore, au-dessus d'un roc à pic, des ruines appelées Cornes de Crussol. Son autre sœur, Béatrix, épousa Gaudemar II de Jarez, seigneur de Saint-Chamond. Enfin, son épouse Béatrix de la Tour était fille du baron de la Tour-du-Pin et sœur d'Humbert Ier qui, par son mariage, devint dauphin de Viennois et fut le grand-père d'Humbert II qui céda le Dauphiné au roi de France… Guillaume et Béatrix étaient donc de grands personnages par position.
Eh bien, ils étaient grands aussi par le cœur. En voici la preuve. Cinq ans après la mort de Saint-Louis, décédé en la VIIIe croisade, Guillaume quittait propriétés et châteaux pour s'en aller outre-mer y affronter cimeterres et feu grégeois afin de guerroyer contre les Sarrasins, nos anciens envahisseurs, et secourir les chrétiens de Palestine. Son arrière grand-père, Guy III, comte de Forez, parti dans la IIIe croisade, était mort près de Jérusalem (‘Histoire de France’ : Aug. Bernard, ch. VII). Dans la VIIe, son oncle, Guy V, avait eu la jambe brisée sur le champ de bataille près de Damiette (Joinville XXVII).
Avant de s'éloigner, il fit son testament, le 11 août 1275, dans son château d'Annonay (Archives Nationales, P.1361). Par cet acte, Guillaume assigne leur part à chacun de ses huit enfants. Ce qui frappe, c'est le ton d'autorité car ces lignes sont parsemées du mot ‘Volo’, je veux. A un certain nombre de prêtres des environs il donne, et à chacun, trente sous comme offrande pour trente messes. II s'agissait de sous d'argent ; le sou de cuivre ne date que de Louis XV: au temps de Saint-Louis, à Paris, le sou valait environ 3 fr.70 d'aujourd'hui (Boutié : ‘Paris au temps de Saint-Louis’). Parmi les prêtres désignés, ceux de Pavezin, Châteauneuf, Tartaras, Dargoire, Saint-Maurice, Saint-Didier (S. Desiderii subtus Riviriacum), Mornant, Saint-Romain-en-Jarez, l'Aubépin, Chagnon, Longes, Valfleury (de la Valle florida), Saint-Genis (de S. Genesio in Terra nigra), les Hayes. Ensuite, on lit : « Je veux et commande que mes exécuteurs achètent de mon avoir LX douzaines de draps d'Annonay », C'était pour habiller les pauvres ‘pro pauperibus induendis’ .On devait faire la distribution à 240 pauvres, dans les trois ans après le décès, quatre-vingts personnes étant secourues par an. Première distribution à ceux de la terre d'Annonay, deuxième à ceux de la terre de Riverie, troisième à ceux de la terre de Roussillon.
Et à Béatrix, son épouse, cette mère qui a huit enfants, que donne-t-il ? « A dame Béatrix, mon épouse, je donne et lègue, mais pour son vivant, mon château de Châteauneuf « castrum meum de Castro novo» et tout ce que j'ai, je tiens, ou espère tenir en fief du seigneur comte de Forez, au comté de Forez ».
Son testament fait, le généreux Guillaume part ‘cheveteine’ c'est-à-dire capitaine. Sa troupe est ainsi fixée par une ordonnance de 1275 « C'est l'ordonnance que ly légat Symons, messire Erard de Valéry et ly connestable de France ont faite de gens que ly rois et ly légats envoyent outre mer, dont messire Guillaume de Roussillon est cheveteine. Premièrement l'on baille audict Guillaume cent hommes à cheval, c'est à scavoir XL archers, XXX arbalestriers et XXX sergents à cheval. Item l'on lui baille trois cents sergents à pied » (Roger : ‘La noblesse de France aux croisades’). Notre brave cheveteine arrive à Saint-Jean-d'Acre en octobre 1275. Il meurt en 1277 et vraisemblablement en Terre Sainte.
Que devient Béatrix? Sur sa demande, le testament est ouvert par l'official de Vienne, le 3 janvier 1278 (‘Revue du Vivarais’. 1901). Elle se retire en son douaire, Châteauneuf, selon la disposition de son défunt, veuve fidèle de tout cœur au souvenir de ce loyal et preux chevalier. A Châteauneuf, elle partage son temps entre la prière, sa grande consolation dans les tribulations de son deuil et les soins dus à ses enfants. Préoccupée de bonnes œuvres, c'est de Châteauneuf qu'elle va partir pour désigner l'emplacement de sa grande œuvre, la Chartreuse de Sainte-Croix. L'Ordre célèbre des Chartreux existait depuis près de deux cents ans. Pourquoi Béatrix voulut-elle fonder une Chartreuse plutôt que tel autre établissement? D'une telle bienveillance elle trouvait des exemples dans sa famille. L'an 1200, son aïeul Hugues de Coligny avait fondé la Chartreuse de Sélignac. Son oncle, Bernard de la Tour, avait été le XIIIe Général de l'Ordre (1253-1258). Son frère Humbert, dauphin de Viennois, ayant abdiqué, se retira en la Chartreuse du Val Sainte-Marie de Bouvante où il mourut en 1307. Enfin, veuve vraiment éplorée et détachée du monde, aspirant elle-même à une vie solitaire, elle voulait favoriser quelques-unes de ces âmes qui ne peuvent vivre que dans la solitude, loin des mondains agités, comme telles plantes ne respirent bien et ne fleurissent bien que très abritées.

Châteauneuf et ses seigneurs

L’Histoire de tout le monde… peut en cacher une autre
Le lecteur trouvera nos autres textes, à propos du sujet spécifique de Châteauneuf, sur le site Société Perillos où ils trouvent leur place en raison de leur lien direct avec l’affaire de Rennes-le-Château et Périllos. Ce chapitre, évidemment, fait suite à nos textes précédents et est indissociable des éléments concernant Guillaume et Béatrix de Roussillon… et les complète logiquement.
Pour présenter l’historique de ce site remarquable, des centaines de pages seraient nécessaires… mais pas forcément indispensables pour une première approche. Nous présenterons donc un choix d’extraits d’ouvrages offrant un survol d’une chronologie historique. Certes, concernant ce site et les conséquences que ces maîtres supporteront, nous verrons nos recherches s’axer sur certains aspects… dissimulés, occultés, entretenus soigneusement ‘sous le boisseau’. Cependant, chaque fois que nous pouvons, nous appuyons nos travaux sur des bases historiques… sans en faire cependant une fixation. Effectivement, souvent l’Histoire n’est qu’une sorte de grosse coque plus ou moins creuse. Simultanément à son ‘mûrissement’, d’autres événements que véhicule cette ‘porteuse’, souvent sans même le savoir, la façonnent afin que s’accomplissent d’autres faits qui, parfois, se déroulent dans une discrétion absolue… sans intervention directe sur cette Histoire de tout le monde.
Pour le site de Châteauneuf, nous ouvrons cette série de pages remarquablement remplies par des historiens souvent pionniers (souvent soupçonnés d’erreurs par ceux qui, bien entendu, auraient été incapables, à l’époque, de faire autant… sans parler de mieux !) ou d’éclairés érudits locaux, amateurs du passé. Nous les remercions tous de faciliter si souvent notre tâche par leurs écrits incontournables.
L’ancien pays de Jarez selon A. Vachez
Nous commencerons donc par un ouvrage d’A. Vachez, bien connu : ‘Etudes Historiques sur l’ancien Pays de Jarez’, paru en 1885. Nous reprenons dans ce livre remarquable le chapitre VIII, consacré précisément à Châteauneuf (pages 49 à 60). Cet auteur reste un des premiers à simplifier la chronique au point de nous la rendre accessible. Quoique certains en disent, il est un de ceux qui collationnèrent le plus grand nombre de documents anciens et vénérables, concernant les régions qui nous intéressent. Nous avons ici un excellent résumé chronologique concernant les maîtres de Châteauneuf.
Nous ajoutons à ce texte le plan du site fortifié avant la Révolution… qui se trouve en ouverture de cet ouvrage avant même que débute le contenu. Le visiteur trouvera, évidemment, de nombreux changements sur le site et, hormis la chapelle (appelée ‘Eglise’) et le cimetière, il ne reste que de pauvres vestiges marquant toutefois l’importance de ce ‘verrou’ sur la vallée du Gier.
Vestiges et mémoires
Vachez souligne que le site portant le terme ‘neuf’ montre qu’il y eut, logiquement un castel plus ancien. Il est vrai que ce qui reste de l’agencement ne peut que remonter, au plus vieux, qu’aux derniers remaniements suite à l’incendie du début du XVe siècle. De toute évidence, lors de ces travaux, il y eut reprise sur les anciennes fondations de l’époque des Roussillon… qui elles-mêmes datent des époques wisigothes… construites sur les vestiges romains. Cette occupation de l’éperon rocheux n’est pas discutable car on peut encore trouver quelques vestiges, dont un puits (quasiment comblé à présent) avec un parement de briques romaines dont certaines portent la marque du potier... Ce puits dut être réutilisé au fil des réoccupations car on y a retrouvé, il y a plus de 40 ans, divers vestiges médiévaux et les restes d’un homme comportant un carreau d’arbalète fiché dans l’os du bassin… Le plan du fort romain a été dressé par un instituteur de la Grand-Croix, en 1896, Antoine Gattin. C’est sans doute le document le plus complet sur la question, où est également signalé le tracé d’un petit aqueduc souterrain alimentant la place depuis une prise d’eau à quasiment un kilomètre en amont. Au début du XXe siècle, il se disait encore que, de nombreuses fois, la charrue et son attelage seraient tombés dans la galerie d’alimentation en divers endroits de sa longueur. A. Gattin signale tous les emplacements où il retrouve des vestiges romains dans les soubassements de certaines maisons du village, dont une large portion d’une mosaïque de sol servant de socle pour… une chaudière ! C’est plus loin, sur le côté gauche de la route qui traverse le village, que se trouvait un petit hypogée dont l’entrée était encore visible en 1960. Quant au culte romain, Gattin et Charrerond en retrouveront les bases avec un petit oratoire à la sortie du village (côté droit) et près du nouveau cimetière où on voyait les restes d’un bassin rituel… Sur ces trois lieux, d’intéressants vestiges ont été retrouvés. Ils font aujourd’hui la fierté de quelques collectionneurs de Rive-de-Gier qui se reconnaîtront sans doute ici !
Des restes encore visibles
Ruine de la chapelle 'La Madeleine’
Quant à ce qui reste du château lui-même, nous signalerons quelques vestiges encore bien connus au début du XXe siècle. D’abord, ce qu’il reste du donjon, près de la chapelle castrale, sert d’esplanade pour une statue mariale sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. Cette assise est posée sur une salle voûtée importante dont l’entrée murée se voyait distinctement en 1957 (M.Charrerond).
Une cavité, accessible depuis le vieux bâtiment encore conservé à hauteur du rez-de-jardin, s’ouvrait vers l’effondrement au pied du mur sud. Ce pouvait être une citerne… ou tout aussi bien la fameuse ‘petite salle basse’ dont il est question à propos de la signature et l’entrepôt de certaines pièces conservées maladivement par Guillaume de Roussillon. Enfin, un puits… en contre bas des appartements seigneuriaux ; très curieusement il s’agit d’un puisard sec qui de toute évidence le fut dès son origine. Et tout aussi curieusement, tout au fond se voyait une gravure représentant trois épis ou navettes surmontés d’un cercle… De ce fond partait une galerie en forme de mine. Nous ne sommes jamais allés plus loin en raison des risques conséquents d’effondrement de l’ouverture et des chicots de murs qui l’entourent encore.
Il nous restera à revenir ultérieurement sur d’autres ‘détails’ et surtout sur la chapelle Sainte Madeleine, dans le champ face à Châteauneuf… là où se trouve maintenant l’échangeur de l’autoroute actuelle.
A suivre…
A. Douzet
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Châteauneuf

(selon A. VACHEZ – 1885)

Dans son étude sur le Jarez et ses seigneurs, M. de la Tour-Varan attribue aux Lavieu la construction du vieux manoir de Châteauneuf. Mais cet historien avoue lui-même qu'il ne peut fournir aucune justification de ce fait, et qu'il ne donne cette opinion que comme une simple probabilité (1).
Et, en effet, aussi haut qu'on remonte dans l'histoire de l'ancien pays de Jarez, aucun document ne nous montre les Lavieu possessionnés à Châteauneuf. Ses premiers possesseurs furent les Roussillon, famille puissante qui possédait aussi, dans le Lyonnais, Riverie, Dargoire, l'Aubépin et Saint-Romain-en-Jarez, et à laquelle il doit, sans aucun doute, sa construction. Il est à remarquer, en effet, que la plupart des châteaux appartenant aux seigneurs de Roussillon paraissent avoir été construits d'après un plan stratégique évident. Car on pouvait, de Châteauneuf, correspondre par des signaux avec Riverie, comme de cette dernière forteresse on pouvait surveiller le château de l'Aubépin.
D'ailleurs, le nom de Châteauneuf nous indique lui-même que ce château fut élevé à une époque relativement récente, et postérieure, dans tous les cas, aux autres forteresses féodales voisines, telles que Riverie, Senevas et Dargoire. Aussi, n'apparaît-elle dans l'histoire qu'au commencement du XIIIe siècle, dans un traité passé, en 1220, entre Artaud III de Roussillon et Renaud de Forez, archevêque de Lyon qui, entre autres engagements, promit, sous la foi du serment, de n'élever aucune fortification nouvelle dans le mandement de Châteauneuf, non plus que dans ceux de Riverie, de Dargoire et de Pizey (2).
Artaud de Roussillon, quatrième du nom, succéda à son père Artaud III, vers 1228. Trente ans plus tard, le 10 février 1258, (n. st.), émancipant son fils aîné Guillaume, il lui donna en pleine propriété la seigneurie de Châteauneuf avec toutes ses dépendances (3).
A la mort de son père, survenue vers 1270, Guillaume de Roussillon, déjà seigneur de Châteauneuf, lui succéda dans la possession des terres de Roussillon, de Riverie et de Dargoire. Il joignit même à toutes ces seigneuries celle d'Annonay qui lui fut léguée par son cousin, Aymar de Roussillon, dans son testament du 6 juin 1271 (4).
Guillaume testa le 11 août 1275, au moment de partir pour la Terre-Sainte, où le roi Philippe le Hardi l'envoyait secourir les chrétiens d'outre-mer, à la tête de 100 hommes à cheval et de 300 sergents à pied, auxquels se joignirent plusieurs chevaliers dauphinois. Arrivé au port d'Acre, au mois d'octobre de la même année, il prit le commandement général des troupes chrétiennes et donna dans maintes occasions des preuves de son habileté et de sa bravoure. Mais ce n'était pas avec d'aussi faibles forces que l'on pouvait rétablir les affaires des chrétiens. Le vaillant chevalier eut du moins la gloire de maintenir la situation et d'inspirer aux infidèles une terreur que justifiait sa bravoure (5).
Guillaume de Roussillon mourut en Palestine à la fin de l'année 1277, en emportant les regrets de toute l'armée des croisés. Il avait épousé Béatrix de la Tour, fille d'Albert III, baron de la Tour, et de Béatrix de Coligny, qui lui donna six enfants, dont l'aîné, Artaud V de Roussillon, fut institué héritier universel par son père. Mais, dans son testament que sa veuve fit transcrire par l'official de Vienne, le 3 janvier 1278 (n. st.), Guillaume avait aussi légué à cette dernière, pour son douaire, les châteaux de Nervieu et de Châteauneuf, et c'est dans ce dernier château que Béatrix paraît avoir fait sa résidence habituelle, jusqu'au jour où elle fonda la Chartreuse de Sainte-Croix en Jarez (6).
La charte de fondation de ce monastère fut dressée, le 24 février 1280, dans le cloître de Taluyers (7), et c'est dans cette Chartreuse qu'elle passa les dernières années de sa vie. A sa mort, arrivée le 18 mai 1307, Châteauneuf revint aux mains de son fils Artaud V de Roussillon, seigneur de Roussillon, de Riverie et de Dargoire. Ce dernier mourut en 1316 et son fils Aymar de Roussillon fixa avec l'église de Lyon les limites respectives des seigneuries de Rive-de-Gier et de Châteauneuf, par une transaction portant la date du 18 février 1321 (8).
Alix de Roussillon, fille unique d'Aymar, épousa, en 1350, Humbert VII de Thoire-Villars auquel elle apporta en dot la terre de Châteauneuf, avec toutes les autres seigneuries appartenant à la maison de Roussillon. Morte sans enfants, longtemps avant son mari, elle légua même toutes ses terres à ce dernier, par son testament qui porte la date du 22 février 1367 (n. st.) (9).
Toutefois, ce legs n'assura pas immédiatement à Humbert VII la jouissance paisible de la succession d'Alix de Roussillon. Guillaume de Roussillon, chanoine de Lyon, oncle de cette dernière, éleva des prétentions sur les terres de Roussillon, d'Annonay et de Riverie, du chef de Marguerite de Roussillon, dame de Viriville, sa sœur, et cette réclamation parut assez sérieuse au sire de Villars, pour qu'il transigeât avec Guillaume, auquel il céda la jouissance viagère des châteaux de Dargoire et de Châteauneuf, avec une rente de 140 livres, assise sur les revenus de Roussillon et de Riverie, et une somme de 2.100 florins, pour lui tenir lieu de 14 ans d'arrérages de ladite rente, en échange de sa renonciation à tous les droits qu'il prétendait avoir sur l'héritage des Roussillon (5 décembre 1369) (10).
Mais Humbert VII avait recouvré la jouissance pleine et entière de Châteauneuf quand il fit donation de cette terre, ainsi que de celles de Riverie, Dargoire et l'Aubépin, à sa troisième épouse, Isabeau d'Harcourt, pour la remplir de ses reprises matrimoniales (6 octobre 1400) (11).
Après avoir reçu cette donation, Isabeau d'Harcourt ne tarda guère à prendre possession de ces diverses seigneuries où, dès ce moment, elle se conduisit en maîtresse et souveraine. C'est ce que nous apprend une procuration donnée, le 3 décembre 1400, par le sire de Villars, à l'effet de délivrer à Isabeau d'Harcourt, son épouse, toutes les terres contenues dans la donation qu'il lui a faite, et l'en mettre en possession réelle et corporelle (12). C'est ainsi pareillement que nous voyons Isabeau d'Harcourt accorder aux habitants de Saint-Chamond, de Saint-Priest, de Rochetaillée et du Thiel (Lavalla), l'exemption de tous les droits de péage, qui_étaient perçus surtout sur les fers, dans les terres et juridictions de Châteauneuf et de Dargoire (13).
A la fin du XIVe siècle, l'hommage des terres de Riverie, Châteauneuf et Dargoire était dû, pour une cause qui n'a point encore été expliquée, à Jean, duc de Berry. Mais, en 1392, ce prince ayant été reçu chanoine de l'église de Lyon, céda au chapitre tous ses droits de suzeraineté sur ces diverses terres, et ce fut ainsi qu'Isabeau d'Harcourt en fit hommage entre les mains du doyen du chapitre, le 17 septembre 1401 (14).
Humbert VII tenait beaucoup, d'ailleurs, à l'exécution des libéralités qu'il avait faites à son épouse.
Ainsi, dans une lettre écrite par lui le 18 octobre 1419 « à ses bien aimés les nobles et autres gens, manants et habitants de Châteauneuf », il les engage fortement à ne reconnaître, après son décès, aucun autre seigneur, que la dame d'Harcourt, à laquelle il avait fait donation dudit lieu. Ils ne devaient donc permettre à personne d'y mettre garnison, et dans le cas où le seigneur de la Roche, son neveu, se présenterait, on devait lui fermer les portes de la forteresse (15).
Cette lettre nous révèle, ainsi que d'autres documents (16), que Philippe de Lévis, seigneur de la Roche en Régnier et neveu d'Humbert VII, élevait des prétentions à la succession du sire de Villars, même du vivant de ce dernier. Mais il est certain que la donation faite à Isabeau d'Harcourt reçut sa complète exécution, et qu'elle posséda paisiblement, jusqu'à sa mort, Roussillon, Annonay, Riverie, Dargoire et Châteauneuf.
C'est ainsi que dans son testament, en date du 20 novembre 1441, après avoir institué pour son héritier universel, son cousin Charles, duc de Bourbon et comte de Forez, elle légua au chapitre de Saint-Jean les châteaux et seigneuries de Dargoire et de Châteauneuf, avec toutes les terres qu'elle possédait à Ampuis, sous la condition de remplir diverses charges, rappelées dans une inscription qui existait autrefois dans la chapelle de la Croix de l'église primatiale, et dont il ne subsiste plus aujourd'hui que le cadre en pierre sculptée, élevé sur un pied droit, orné d'une statuette (17).

Dans son testament, Isabeau d'Harcourt ordonne aussi qu'à l'avenir les seigneurs de Riverie ou leurs officiers ne pourraient plus, comme ils en avaient le droit auparavant, juger et connaître, à aucun degré, des causes des habitants de Châteauneuf et de Dargoire; mais les procès des lieux de Chagnon, d'Ampuis et de la Garde, qui ressortissaient autrefois en appel de la juridiction de Châteauneuf et de Dargoire, devaient être soumis, à l'avenir, à la connaissance des officiers de justice de Riverie.
Une autre disposition concerne les créances et les dettes de la testatrice vis à vis des habitants de Châteauneuf, de Dargoire, de Riverie et de ses autres seigneuries, toutes les personnes dignes de foi, dont la dame d'Harcourt pouvait être débitrice, furent admises à réclamer leur paiement à son héritier, en affirmant la sincérité de leur créance, sous la foi du serment. Ses débiteurs furent également autorisés à prouver leur libération, sous la même condition.
Ce testament renferme encore un legs de 50 francs à la chartreuse de Sainte-Croix, à la charge de quelques prières pour le repos de son âme. Tous les couvents et les hôpitaux de Lyon reçurent aussi diverses libéralités. Enfin, la testatrice choisit pour exécuteurs testamentaires l'archevêque de Lyon et Pierre Charpin, licencié en droit, camérier de Saint-Paul et official de Lyon (18).
Le 10 juin 1443, trois jours après l'inhumation d'Isabeau d'Harcourt dans l'église de Saint-Jean, le Chapitre déclara accepter les libéralités qui lui étaient faites par cette dernière, et promit d'exécuter les charges qui lui avaient été imposées, et qui consistaient notamment dans l'obligation de dire, chaque jour, une messe dans la chapelle du Haut-Don (aujourd'hui de la Croix), de se rendre, chaque semaine, en procession dans cette chapelle, pour y chanter des oraisons sur sa tombe, et de célébrer, chaque année, le jour anniversaire de ses funérailles, un service solennel pour le repos de son âme (19). Ajoutons que toutes ces fondations ont été remplies fidèlement par le Chapitre de Saint-Jean, jusqu'à la Révolution (20).
En même temps, Pierre Charpin, exécuteur testamentaire de la dame d'Harcourt, poursuivit sans délai l'envoi du Chapitre en possession, des seigneuries de Châteauneuf et de Dargoire. Les officiers de Charles de Bourbon, son légataire universel : Gilbert de la Fayette, maréchal de France, et Gastonnet du Gast, seigneur de Lupé, assistés des juges de Forez et de Beaujeu, s'empressèrent, de leur côté, de faire droit à cette demande et délivrèrent au Chapitre les seigneuries léguées, en même temps que tous les legs pieux qui leur avaient été faits par la testatrice (21).
Ce fut ainsi que, depuis cette époque et jusqu'à la Révolution, Châteauneuf et Dargoire ne formèrent plus qu'une seule seigneurie, dont l'administration et les revenus étaient attribués à l'un des chanoines de la primatiale, appelé ‘obeancier’ ou seigneur ‘mansionnaire’.
Le premier de ces seigneurs mansionnaires fut le chanoine Henri d'Albon, auquel le Chapitre confia, le 6 novembre 1443, l'administration et la régie des châteaux de Châteauneuf et de Dargoire, avec les droits qui en dépendaient, « à la charge par lui de les faire garder fidèlement, d'y exécuter les réparations nécessaires, de les entretenir en bon état à ses dépens et de payer les anniversaires fondés par la dame de Villars (22). »
Rien ne vint troubler la possession paisible des chanoines comtes de Lyon, jusqu'au temps des guerres civiles de la fin du XVIe siècle. Mais l'humble manoir ne put échapper alors aux guerres incessantes qui désolèrent le Lyonnais, à cette époque.
Au mois de juillet 1590, toutes les forces des ligueurs lyonnais, commandées par Jacques Mitte de Chevrières, seigneur de Saint-Chamond, étaient occupées au siège de Thizy, quand les royalistes de Vienne, commandés par Antoine d'Hostun, seigneur de la Beaume, s'avancent dans le Lyonnais et s'emparent de Chateauneuf et de Riverie, où ils firent un certain nombre de prisonniers.
Mais, dès le 8 août suivant, Chevrières était sous les murs de Riverie, qu'il attaqua avec les deux canons et les deux couleuvrines qu'il avait ramenés de Thizy. Il put ainsi, dès le 10 août, livrer un assaut qui lui coûta des pertes sensibles mais qui lui livra la possession de ce village. La garnison, qui ne comptait plus que 300 hommes, se réfugia dans le château contre lequel les assiégeants ouvrirent le feu de leur artillerie.
La place était forte, comme Chevrières le reconnut lui-même dans sa correspondance avec le Consulat lyonnais (23); mais, privés de canons, les assiégés ne pouvaient tenir longtemps devant les moyens puissants d'attaque dont disposaient les ligueurs. Il suffit de quelques centaines de coups de canon pour les décider à l'évacuer, ce qu'ils firent dans la nuit du 11 au 12 août 1590, environ deux heures avant le jour. Ils purent ainsi gagner sans obstacle Châteauneuf qui était déjà en leur pouvoir.
Néanmoins, Chevrières envoya à leur poursuite quelques cavaliers avec 200 arquebusiers qui firent mine d'investir Châteauneuf. Mais la garnison fit bonne contenance, et l'affaire se borna à quelques escarmouches qui se renouvelèrent à plusieurs reprises pendant la nuit mais qui furent sans résultat.
Abandonné par une partie de ses soldats et menacé par une troupe de 300 cavaliers et d'un pareil nombre d'hommes à pied, envoyés de Vienne au secours des royalistes, Chevrières n'osa entreprendre le siège de Châteauneuf et exposer son artillerie à tomber aux mains des ennemis. Il rappela les troupes qu'il avait envoyées devant cette place et renvoya, à Lyon, dès le 13 août, par la voie de Duerne et d'Iseron, les deux canons et les deux couleuvrines que lui réclamait le consulat.
De leur côté, les troupes royalistes ne tardèrent guère à revenir à Vienne, où les suivit le baron de Riverie, Antoine Camus, qui vit son château de Riverie rasé impitoyablement par les ligueurs, quelques jours après qu'il fut tombé en leur pouvoir (24). Aucun autre fait historique n'est à signaler au sujet de Châteauneuf, jusqu'à la Révolution qui confisqua les terres du chapitre et fit démolir le vieux château.
Aujourd'hui, il ne subsiste plus, de l'antique forteresse des Roussillon, que quelques débris de murailles s'écroulant de toutes parts et au pied desquelles, dans une gorge étroite, semble s'abriter, comme aux temps féodaux, l'humble village de Châteauneuf. Jusqu'à ces dernières années, l'église qui avait déjà rang de paroisse au XIIIe siècle, mais qui n'est plus qu'une simple chapelle, demeurait seule debout au milieu de ces ruines, quand fut érigée, le 17 septembre 1876, sur le terre-plein formé par les premières assises de l'ancien donjon du château, une statue de la Sainte Vierge, sous le vocable de Notre-Dame de l'Espérance (25).
L'humble cimetière, situé au delà du fossé qui sépare la vieille forteresse du sommet de la croupe ardue sur laquelle elle fut bâtie, achève de donner à Châteauneuf un caractère de mélancolique tristesse. C'est vainement que le mouvement incessant du chemin de fer de Lyon à Saint-Etienne, qui passe à ses pieds, vient interrompre le silence qui règne d'ordinaire autour de ces ruines. Ce bruit d'un moment, qui s'éteint et renaît tour à tour, laisse à peine au visiteur l'illusion d'un retour de quelques instants vers le passé. Car il lui rappelle, à toute heure, que la vie moderne et nos habitudes sociales ne sont plus celles des générations qui ont élevé ces vieux remparts, auxquels chaque orage et chaque hiver enlèvent une pierre, et dont il ne restera bientôt plus qu'un souvenir.
Renvois dans le texte
(1) - De la Tour-Varan. Châteaux et abbayes du Forez. II. 310.
(2) - Mazures de l'Isle Barbe, 531. — Bréquigny. V. p. 153.
(3) - Huillard-Bréholles. Inventaire des titres de la maison de Bourbon. 40, 273 et 354. — Noms féodaux. — D'Achéry. Spici-legium. III. 637. — Bréquigny. VI. 366.
(4) - Huillard-Bréholles. Inventaire etc. 518, 520, 553, 559, 575. — Chorier. Hist. du Dauphiné. 147. — La Mure. Hist. des ducs de Bourbon et des comtes de Forez. I. 271. — Noms féodaux.
(5) - Chorier. Hist. du Dauphiné. 155. — Roger. La noblesse de
France aux Croisades. 158.
(6) - Huillard-Bréholles. Inventaire. 640 et 641. — Noms féodaux.
(7) - Mazures de l'Isle Barbe. 533.
(8) - V. le chapitre IV de ces Etudes.
(9) - Chaverondier. Invent. des titres du Forez, n° 287. — Huillard-Bréholles n° 2991 et 3021.
(10) - Huillard-Bréholles. Inventaire etc. N° 3124, 3128 et 3129, — Noms féodaux.
(11) - Archives du Rhône. Esther, f.136 — La Teyssonnière. Recherches histor. sur le départ. de l'Ain. IV. 173 et s. — Guichenon. Hist. de la Bresse.
(12) - Archives du Rhône. Esther, f.137.
(13) – Ibidem. f. 222.
(14) – Ibidem. f. 197.
(15) – Ibidem. f. 138.
(16) - V. notamment Chaverondier. Inventaire etc. n° 1233.
(17) – V. le travail que nous avons publié dans la ‘Revue du Lyonnais’ (3e série, t. V. p. 173) sous ce titre : Isabeau d’Harcourt et l’église de Saint-Jean.
(18) - Archives du Rhône. Esther, f.140. — Archives nationales. Bourbonnais, PP. 37, c. 1121 et 1122.
(19) - Quincarnon. Antiquités de l'église de Saint-Jean, p. 54 (p. 57 de la nouvelle édition publiée par M. Guigue dans la Collection lyonnaise. Lyon. Georg. 1879).
(20) - L'abbé Jacques. Le Révélateur des mystères, 17. — Arch. du Rhône. Esther f.182.
(21) - Archives du Rhône. Esther. f.189.
(22) Ibidem. f.251. — Voici la liste des seigneurs mansionnaires de Châteauneuf et de Dargoire, dont nous avons pu retrouver les noms : Henri d'Albon, 1443. — Charles de Grilly, 1530. — Jean de Talaru Chalmazel, avant 1579. — Gaspard Mitte de Chevrières, 1579. — Antoine de Crémeaux, 1609-1614.— Aymé de Saint Aubin de Saligny, 1629-1651. — François des Escures, 1659-1670. — Claude de Saint-Georges, 1670-1690.
— Germain de Chateigner de la Chateigneraie, 1760-1762 — Lezay de Marnésia, 1787-1790.
(23) - Lettre de Chevrières au Consulat : « Je vous asseure que d'autant plus que je considère ceste place, d'autant plus je la treuve forte, et s'ils eussent eu autant de courage de la défendre, comme nous avions de l'assaillir, nous eussions eu beaucoup de peine à l'avoir. » {Arch. de la ville de Lyon AA. 37. f.247. —12 août 1590.)
(24) Archives de la ville de Lyon. AA. 37 et 109. — BB. 125. Archives historiques et statistiques du départ. du Rhône. XII. 163. — Clerjon. Hist de Lyon, V. 389.
(25) V. ‘la Semaine catholique de Lyon’, année 1876, p. 886.

la Madeleine

Pour ouvrir sur ce site la rubrique Châteauneuf et Béatrix de Roussillon, fille De la Tour, nous présentons un petit article concernant les fêtes et cérémonies religieuses des sites au bas du castel. Il s’agit d’une mémoire à propos du secteur où se trouvait l’ancienne chapelle Ste Madeleine, le quartier du même nom et le franchissement du Gier. Ce texte est tiré d’un journal régional de la vallée du Gier, de mi-juillet 1931. Nous ne résistons pas au plaisir d’ajouter un autre ‘encart’ où il est question de la ‘bénédiction des véhicules’… On voit effectivement que tous ces derniers sont concernés par la cérémonie… même les voitures d’enfants du type ‘poussette’ et ‘landau’… Cette anecdote assez insolite méritait d’être également présentée.

En lisant le journal du Gier…

«Grandes Fêtes Patronales et Fête des Moissons.
- Notes historiques -
Aux habitants de Châteauneuf, la Madeleine, Saint-Jean, Saint-Joseph, Saint-Maurice, Tartaras, Trêves, Longes, etc. : Dimanche 26 juillet, l'antique église de Châteauneuf, annexe de celle de Saint-Jean, célèbre en même temps, comme le veut la liturgie, la fête de Saint Christophe, son patron, qui est de 1ère classe, et celle de Saint Jacques, qui est de 2ème classe. La solennité comporte une messe solennelle à 8 h. 30 et des vêpres solennelles, en plein air quand le temps le permet, à 17 h. 30. Diverses bénédictions accompagnent ces deux cérémonies et demandent quelques mots d'histoire et d'explication.
La Saint-Jacques amène avec elle, dans toutes les paroisses rurales, la bénédiction des fruits nouveaux et des épis ; c'est, à Châteauneuf, la Fête des Moissons. L'église est décorée avec des épis et tous les assistants, le matin et le soir, portent à la boutonnière ou au corsage, trois épis symboliques et, à la main, un bouquet d’épis. C’est la ‘Croix de blé’ qu’a chantée un de nos poètes et que les agriculteurs fixent à la porte de leurs maisons, de leur grenier à blé. Il y a, comme de coutume, la distribution du pain bénit, offert à tour de rôle par quelque famille notable. Mais, au pied de la colline de Châteauneuf, coule le Gier qui reçoit son affluent, le Bosançon. De l'autre côté du Gier existait, depuis le XIIIe siècle, la vieille Chapelle des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, gîte d'étape, avec cimetière, et dédiée à Sainte Madeleine et à Saint Jacques. Elle s'ouvrait directement sur le Bosançon dont le lit, comme celui du Gier, servait de route à l'époque des basses eaux. Mais, à l'époque où ces rivières n’étaient pas guéables, un passeur faisait le service de liaison entre les deux chapelles, d'où le patronage de Saint Christophe donné, dès l'origine, à la Chapelle de Châteauneuf.
Les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, possessionnés dans les environs de Rive-de-Gier, assuraient la protection des routes, jusqu'à Feurs (la route de Vienne à Feurs passait par Dargoire) et jusqu'à Chazelles, leur résidence. La maison hospitalière de la Madeleine, près de la chapelle, appartient maintenant à la famille de Joseph Mouton. La cuisine antique est entièrement conservée et le portail porte le vieux blason : c'est l'explication de la bénédiction des routes de ce carrefour qui se fait le soir du haut de la colline et qui vient, à notre époque moderne, compléter la bénédiction des autos, faite à Saint-Jean.
La Chapelle de la Madeleine et la Maison hospitalière étaient séparées par un pré qui s'étendait au bas jusqu'au Gier et qui fournissait le foin pour le ravitaillement des mulets. Ce pré a été coupé par la nouvelle route de Lyon en 1879 et, dans sa partie inférieure, la plus grande, se tient toujours, de la Sainte Madeleine à la Saint Christophe, la très antique et célèbre foire dite ‘de la Madeleine’, qui était une succursale de celle de Beaucaire. Cela représente une affluence jadis considérable à la Maison hospitalière, sans parler du trafic de la vieille route de Lyon qui passait juste au nord de la Maison pour aboutir devant la Chapelle. La pente en a été adoucie en 1786 par un pont d'une seule arche. La même année, le 22 novembre, la Chapelle, pour cause d'excès commis par de mauvais sujets, fut interdite par Mgr de Montazet, et sa démolition ordonnée par M. de Lacroix de Laval, vicaire général. Cette décision ne fut pas exécutée et la piété des fidèles pèlerins fut plus forte que la décision épiscopale. En 1830, la Chapelle, délabrée pendant la Révolution, fut restaurée par M. Journoud, généreux chrétien de Rive-de-Gier, qui fit refaire les croisées du choeur et la toiture. Cette restauration ne dura pas très longtemps. La paroisse de Saint-Maurice, y voyant une concurrence, s’en désintéressa. La paroisse de Saint-Jean, créée en 1838, qui reçut et conserva canoniquement ce quartier pendant huit ans, n'avait pas les moyens, ayant une église à bâtir, de soutenir cette charge. Finalement, la Chapelle de la Madeleine, en ruines mais toujours visitée par les pèlerins, qui faisaient brûler des cierges dans les ronces qui l'envahissaient, fut non détruite mais ensevelie sous des déblais. Nous avons heureusement sa photographie et son plan. Le culte de Sainte Madeleine et de Saint Jacques fut transféré à Châteauneuf. A cette affluence considérable de pèlerins, d'acheteurs de la foire venus de toute la région et de très loin, des muletiers des mines se joignirent pour la grande fête patronale qui dure plusieurs jours, puis les ouvriers, puis les bateliers du canal dans le premier tiers du XIXe siècle. Ils avaient, à Rive-de-Gier, leur centre de ravitaillement, avec une immense écurie pour les chevaux de halage, dans une auberge qui prit l'enseigne de ‘la Pomme’, actuellement au Cercle de Saint-Jean. Ce contingent nouveau, à son tour, fêta Saint Christophe avec Saint Nicolas, puis ce furent les ouvriers constructeurs de la nouvelle voie du chemin de fer, lequel tua le trafic du canal. Saint Christophe de Châteauneuf adopta à nouveau les cheminots; et voilà pourquoi, du haut de la colline, dimanche prochain, aura lieu, en même temps que la bénédiction des routes, celle de la voie ferrée.
Châteauneuf est depuis longtemps un lieu de pèlerinage pour demander la pluie. Des paroisses entières comme St-Martin-la-Plaine, St-Maurice-sur-Dargoire, St-Didier-sous-Riverie y viennent en procession et leurs prêtres y célèbrent la messe. Avant la Révolution existait une curieuse cérémonie. La procession ‘pour demander la pluie’ allait de la Chapelle de Châteauneuf à celle de la Madeleine et traversait deux fois le Gier guéable ; on portait l’antique statue de Saint Christophe sur un brancard et, au passage du Gier, on la déposait au milieu de la rivière, dans le peu d’eau qui restait, pendant que prêtres et fidèles faisaient les prières liturgiques.
Cette antique statue en bois fut cachée pendant la Révolution et on ne ‘trempa’ plus Saint Christophe dans le Gier. Rendue au culte par un fils de celui qui l’avait cachée et gardée, habitant Trêves en 1870, elle fut installée dans l’église de cette paroisse qui ne put réussir, malgré tous les efforts de l’abbé Chavanne, curé de Trêves à cette époque, à détourner le culte de Saint Christophe de Châteauneuf.
Ces quelques notes seront sans doute agréables aux nombreux pèlerins qui, pendant les jours de la foire de la Madeleine et dimanche prochain, graviront la colline et prendront part à nos belles cérémonies. »
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« Bénédiction annuelle des automobiles à Saint-Jean.
La fête de Saint Christophe, patron de notre église de Châteauneuf et second patron de notre église de Saint-Jean, est l’occasion chaque année, depuis 9 ans, le dimanche de la Solennité, soit dimanche prochain 26 juillet, d’une double bénédiction solennelle, place St Jean sur le côté sud de la route de Lyon, des automobiles, cycles et tous véhicules : chars à bancs, voitures d’enfants, même le tramway. C’est chaque année un spectacle intéressant, et chaque année quelques journaux en donnent la photographie.
Il y a deux cérémonies semblables : la première à 6 heures précises, précédée d’une messe à 5h.15 : la deuxième à 10 heures précises, précédée d’une grand’messe à 9 heures pour les automobilistes et voyageurs et suivie d’une messe à 10h.15.
Les voitures se rangent sur la vaste place ; après la bénédiction collective, toutes les voitures font le tour de la place pour défiler devant le clergé qui bénit les voyageurs. ».
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En franchissant le Gier sous Châteauneuf…
Ces éléments étaient, comme nous le voyons, à la portée de tous lecteurs de ce journal. Nous relevons, dans ce texte, les fêtes votives de la Madeleine au pied de Châteauneuf et les saints personnages honorés à ces occasions, directement ou indirectement : St Christophe, Ste Marie-Madeleine, St Jean et St Jacques.
Nous reviendrons, au fil de prochains chapitres, sur ce qu’il convient d’appeler la Maison des Hospitaliers, surplombant le quartier de la Madeleine, mais aussi les différents gués de ce secteur, et enfin le lieudit ‘la Pomme’ ainsi que ‘le pont de la Pomme’ du quartier St Jean de Rive-de-Gier. Certes, on pourrait nous répliquer que ces thèmes sont hors le périmètre du Pilat puisque précisément dans la vallée du Gier. Cependant, nous maintenons ces choix en raison du fait que ce sont des endroits qui avaient un rôle dans le franchissement du Gier et l’accès aux voies et chemins utilisés pour accéder au Pilat. Ensuite, évidemment, nous reviendrons en détails sur le site de Châteauneuf, son passé, son rôle, ses ‘curiosités’, ses maîtres avant les de Roussillon, ainsi que Guillaume et Béatrix, fondatrice de la chartreuse de Ste Croix en Jarez.
Nous nous contentons cette fois d’aborder les quelques éléments concernant le franchissement du Gier vers l’antique chemin, disparu depuis 1750, qui conduisait à Trèves et, de là, à proximité du fameux arsenal de Béatrix qui intrigue tant de chercheurs incapables de le situer.
Ce vieil accès, par endroit établi en véritable ‘chemin creux’, était le seul permettant de rejoindre, jusqu’au 12e siècle notamment, deux mines de fer. C’est une de ces deux exploitations qui aurait pu être encore en activité au moins jusqu’en 1395 par les chartreux, comme en fait mention un acte de Ste Croix à cette date. Il semble cependant que le rendement ait été en s’affaiblissant alors que la demande de métal allait en augmentant de façon significative.
La Pierre Flage et une borne …
Toujours est-il que ce secteur dut être connu des romains et probablement bien avant, comme en témoignent quelques découvertes faites lors de défrichements, comme en fait état un échange de notes et courriers entre un maire local et un religieux de la paroisse de Rive-de-Gier. Non seulement les vestiges de l’antique chemin ‘creux’ sont encore visibles en deux endroits, mais on retrouve également des ‘abris sous roches’ et quelques points mégalithiques, certes de moindre importance que leurs frères plus connus du Pilat. Cependant, nous ne connaissons pas une autre pierre ‘sonnante’ comme celle connue (encore de quelques personnes âgées locales) sous le nom de ‘pierre Flage’, à peu de distance dans les taillis du vieux chemin, à environ 1 km de Trèves et proche de Cenna. Sur ces roches oubliées se lisent de nombreuses cupules et pétroglyphes sur lesquels nous ne manquerons pas de revenir prochainement en détail.
Pour l’instant, nous dirons que les franchissements du Gier devaient être strictement délimités et contrôlés depuis le Moyen-Âge puisqu’un habitant du hameau de ‘la Fléchette’ détient encore une ‘borne à chaîne’ fermant l’un de ces passages de rivière. Certes, on pouvait douter que ce genre de témoin, pas vraiment unique, provienne du secteur de Châteauneuf et de ces traversées du Gier. Cependant, nous avons la chance que soit restées, bien qu’un peu effacées par le temps, quelques gravures sur trois faces de la borne à chaîne. On y voit, sur un des côtés, l’obscur blason simplifié de Cenna. Sur un autre pan se dessine ce qui pourrait être une patte d’oie ou une sorte de trident. N’oublions pas, à ce propos, cette mystérieuse gravure, au fond du puits souterrain de Châteauneuf, représentant trois symboliques épis de blé. Si à ceci nous ajoutons la fête (sans doute antique et païenne) du blé, célébrée au pied de Châteauneuf pour la St Jacques, nous pourrions trouver ici matière à réflexion et… ‘du grain à moudre’ ! Enfin, sur la dernière, un lourd anneau de fer est encastré dans un visage d’animal, en relief, surmontant une mince croix pratiquement pattée. Sous cet ensemble se lisent des lettres et chiffres pouvant être :
+
+O+
ME FICT
FEYR CARDET
+
+CRISTO+
AS 1587 ST
*
Dès obtenue l’autorisation du propriétaire - dont le père en avait déjà fait communication au père Granjean - d’en produire des photos, nous donnerons une étude complète de cette borne ainsi que l’endroit précis où elle fut récupérée. Il y avait encore en 1957, près de ce lieu, les vestiges dévastés d’une sorte d’ancien oratoire funéraire (acte mars 1957 G. NATAULET -exploit déplacement-).
Béatrix et le triptyque…
Mais ceci est pour nous l’occasion, maintenant, de revenir sur Châteauneuf et sa dame la plus connue : Béatrix de Roussillon. Un premier chapitre, relatant en détails la légende de la fondation de Ste Croix, lui est consacré sur notre site Société Périllos. Aussi, nous nous contenterons de présenter une statue triptyque, peu citée jusque là, dont la rareté -cinq seulement pour cette région- mérite d’être soulignée, en plus du fait qu’il y ait de solides chances pour qu’il s’agisse probablement de la plus ancienne. Béatrix, selon la tradition, en aurait fait don au moment de prendre le voile des veuves… ce dernier et la statue auraient été bénits simultanément le 20 janvier 1278 par son beau frère, archevêque de Lyon.
On y voit Sainte Anne, tenant dans sa main gauche un livre fermé et portant la vierge Marie couronnée sur ses genoux. Cette dernière tient à son tour, également sur ses genoux, l’enfant jésus présentant un petit globe dans sa main gauche. On dit encore que Béatrix aurait voulu que les traits de son visage soit ceux de Sainte Anne, et que le vêtement de la sainte soit la fidèle reproduction de celui des dames de son époque et de cette contrée. C’est dire l’importance de cette représentation des plus rares.
Quant aux chevelures des personnages, on voit Ste Anne voilée entièrement y compris avec la ‘mentonnière’. La Vierge Marie est coiffée d’une couronne à six fleurs de lys. L’enfant a, semble t’il, les cheveux libres, longs et ondulés.
Le livre que tient Anne est non seulement fermé mais également clos par une ferrure…
En retournant la statue (avec d’immenses précautions et un profond respect !), on constate que la sculpture a été faite dans une seule pièce de bois et on trouve deux étiquettes collées : l’une, rectangulaire, est quasiment illisible ; celle d’en haut, ronde, porte le nombre ‘77’… qui est, sans doute, son identifiant dans le ‘classement’ du ‘musée’ de Fourvière.
On trouve également un piton métallique, sans doute prévu pour maintenir la statue contre le mur. Au dessus de celui-ci, la tête d’un clou très ancien apparaît… sans qu’on en comprenne l’utilité. Au haut de l’œuvre, deux trous (vers l’étiquette ronde) laissent penser qu’une autre fixation devait finir d’assurer l’ancrage et la tenue bien verticale. Le ‘banc’, sur lequel Ste Anne est assise, est creux. Si on peut supposer que le sculpteur ait voulu alléger son œuvre, on sait qu’autrefois cette cavité comportait d’importantes traces, vaguement rectangulaires, de cire jaunâtre avec des cassures nettes. Visiblement, il y avait quelque chose de fixé à la cire à cacheter dans ce creux qui alors devait faire office de ‘tombeau’ pour une relique par exemple. Mais, comme Béatrix vivait au moment de cette représentation, on peut exclure que la ‘mémoire’ lui soit attribuée. Il nous reste néanmoins l’hypothèse d’un vestige voué à Ste Anne, la Vierge Marie et… Jésus (éclat de bois de la ‘vraie’ croix par exemple). Il se peut aussi qu’il y ait eu autre chose de fixé dans ce creux, comme par exemple une petite capsule avec un contenu plus ou moins sacré, superstitieux ou… historique ! Ce qui est pour le moins curieux, c’est qu’en quelques années (nous n’avions pas revu cette merveille depuis près de 20 ans) tous les vestiges de la cire à cacheter aient disparu… Ce n’est, en fin de compte, pas très grave puisque nous avons d’anciens clichés où ce ‘détail’ se voit parfaitement…
Béatrix, après son retour des réserves du musée, prit place sur la cheminée de la salle des délibérations de l’ancienne mairie de Châteauneuf. Puis elle fut reléguée… dans un placard. Enfin, maintenant, elle préside, sur une cheminée de marbre noir, aux mariages, dans la superbe salle prévue à cet effet. Les nouveaux mariés ont-ils un regard pour cette dame fondatrice de la chartreuse de Ste Croix (du moins dans son seul aspect visible et extérieur !!!) ? Nous l’espérons… En attendant, elle repose, énigmatique et hautaine, en compagnie d’un imposant buste d’une Marianne ‘phrygiennement’ républicaine et de la statue de St Etienne. Ce dernier, ayant encore toute sa polychromie, porte les cailloux de son martyre (il fut lapidé) dans le pli de son manteau au-dessous duquel se cache sa main gauche. Une autre pierre sur sa tête suggère le supplice. Le personnage tient dans sa main droite, anormalement grande, un livre, aussi fermé.
Décidément, la statuaire de Châteauneuf ne laisse guère deviner le contenu de son savoir tenu fermé aux visiteurs.
Les merveilleuses réserves du musée de Fourvière…
Vers 1789, la sculpture disparaît, discrètement mise hors de portée par des mains pieuses, de la fureur révolutionnaire et ses brasiers… jusqu’en 1934 où elle sera retrouvée par le père Granjean. Il est des plus curieux d’apprendre que ce prêtre la récupère dans les réserves du musée de Fourvière à Lyon. Si certains attribuent cette ‘retrouvaille’ à la chance, nous émettrons, quant à nous, des remarques moins dociles. En effet, comment expliquer cet heureux hasard sans quelques ‘coups de pouce’, comme celui de remonter jusqu’à ceux qui vivaient un siècle et demi auparavant et qui, ‘sachant’ le pieux geste, en avaient soigneusement informé leur descendance à toutes fins utiles. Mais ceci ne nous suffit pas car même si Granjean put, par sa fonction de prêtre, ‘délier’ les langues et les mémoires, ce genre de ‘confession’ n’explique pas tout. En effet, il reste à savoir par quelle phénoménale providence cette vénérable statue fut retrouvée par les rabatteurs ecclésiastiques de l’évêché et dissimulée, car c’est le seul mot qui convient ici, dans les ‘réserves’ du musée de Fourvière. Et, ici, le seul fruit du hasard ne nous suffit pas comme explication. Nous ajouterons que, non seulement il fallait savoir où la récupérer, donc disposer d’informations précises, mais encore le faire discrètement… sans éveiller de soupçons ou bavardages, et ensuite porter beaucoup d’intérêt à ce précieux témoin d’une ‘autre’ histoire de cette région. Il serait, avant tout, indispensable que l’évêché ait su l’existence d’une statue sur un territoire qui n’est pas le sien (Loire et non Rhône), et lui porte une telle importante attention qu’il envoie ses ‘représentants’ pour une récupération quasiment clandestine. Ensuite, si l’on en croit le bon père Granjean - et pourquoi ne le croirions-nous pas - après toute cette opération ‘commando’, l’objet de tant de convoitise… est relégué dans ‘les réserves du musée de Fourvière’, comme une vieille chose sans intérêt. Il y a là de quoi s’interroger sérieusement. Mais ensuite, si l’on en croit le père Joseph Garlatti, la statue de Châteauneuf n’était pas le seul objet, en provenance de Châteauneuf, caché au moment de la Révolution. L’information que nous détenons fait mention, certes, d’un acte pieux ayant sauvegardé des témoignages religieux populaires d’un secteur du Pilat… Il est précisé, en outre, que la main qui mit à l’abri la statue et d’autres objets sacrés n’était pas celle d’un profane mais bel et bien d’un chartreux dont on nous a également donné le nom !
L’écrit de l’abbé Garlatti et le beau fruit
C’est précisément l’abbé Joseph-Marie Garlatti qui informa un prêtre du secteur proche de Rive-de-Gier de l’existence de la statue triptyque. Ce dernier confia l’information au père Granjean… au moment où il sut que celle-ci était à la veille (ou presque) d’être évacuée à destination d’horizons étrangers ensoleillés, où elle était destinée à une autre vénération plus… élevée ! Il est possible, selon cette source écrite provenant d’une cure de la vallée du Gier, que les ‘réserves du musée’ aient ‘échangé’ la statue de Béatrix contre le fait que le ‘reste’ ne soit jamais réclamé ! Il semblerait que la transaction ait bel et bien eu lieu… Nous disposons, heureusement, de la liste exhaustive du fameux ‘reste’ et il est bien possible qu’une partie d’une certaine affaire ‘Ste Croix’ puisse être éclairée sous un jour nouveau, difficilement contestable par les autorités et quelques habituels grincheux de service. Ces éléments très surprenants seront divulgués, le moment venu, dans une présentation de vulgarisation mise à la portée de tous, ainsi que sur nos sites. Pour ceux qui pourraient, innocemment, accéder à la statue et la retourner, ils devraient retrouver au dos son étiquetage dans les fameuses ‘réserves’ oubliées… On s’apercevrait, alors, qu’il est peu probable que l’image triptyque de Béatrix, Marie et Jésus, ait séjourné longuement, afin de discrétion, sous un tas de fumier comme le murmure la tradition populaire, avant de ressurgir à l’issue des ‘tenaces’ recherches du père Granjean… Il serait alors amusant de savoir à quel Ordre appartenait l’excellent abbé Joseph-Marie Garlatti… le seul à qui, en fin de comptes, nous devons ce retour prodigieux.
St Anne, Arques
Il reste à dire que cette œuvre du XIIIe siècle est encore polychrome, certes aux couleurs fatiguées et écaillées, au moment de son exil forcé… loin de sa chapelle natale. Curieusement, elle ressortira ‘couleur bois’ des oubliettes de Fourvière. Ensuite, il y eut, nous dit-on, une restauration qui a effacé toutes traces de polychromie, comme on le constate aujourd’hui. Ce n’est pas vraiment grave car nous pourrons, depuis nos informations, reconstituer, depuis un montage photographique, sa véritable coloration et ses écrits.
Il reste une dernière chose à ajouter concernant cette émouvante statue… ce sera de savoir dans quelle essence de bois elle fut sculptée. Sans doute, ceux qui suivent de près nos recherches auront-ils compris que Béatrix fut taillée dans du… poirier. « On voit un bon arbre à ses fruits… » dit le proverbe.
A propos de poirier et donc de… poires, nous ajoutons qu’il existe une autre, très ancienne, statue triptyque devant retenir tout notre intérêt dans l’affaire qui nous préoccupe. En effet, le visiteur attentif admirera une représentation triptyque similaire dans l’Aude, à Arques ! L’œuvre se trouve dans une chapelle latérale solidement sécurisée, en compagnie d’un grand tableau que nous intitulons, librement, ‘le petit Jésus à la poire’… Là aussi, nous voyons Ste Anne tenir sur ses genoux la Vierge Marie portant l’enfant Jésus. Précisément, nous retiendrons que les familles de Lupé (dans le Pilat) et celles d’Arques eurent des alliances pour le moins insolites… Il est donc tout naturel, en raison de nos recherches, que notre attention se tourne vers le savoir fermé d’une autre famille profondément impliquée dans une énigme phénoménale… les de Périllos (consulter sur le sujet le site SP) dont le blason s’orne précisément de trois poires !
André Douzet
Nous remercions le personnel de la mairie de Châteauneuf pour son amabilité, ainsi que Jérôme Fertier pour les anciens articles de journaux qu’il nous a transmis.