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dimanche 28 août 2011

Légendes de saint Sabin

Un site de l’importance de celui de St Sabin, dans le Pilat, ne peut s’envisager sans sa cohorte de légendes, récits ou textes hagiographiques les plus significatifs. Ces facettes merveilleuses sont les profonds ancrages oubliés et obscurs des "origines" de Saint Sabin...
Nous avons rassemblé ici toutes les bribes de mémoires hagiographiques ou populaires disponibles il y a encore une vingtaine d’années. Il est bien évident, cependant, que cette compilation ne saurait avoir un caractère exhaustif.
Sur le propos de St Sabin, il est certain que nombre d'autres légendes restent encore vives dans la mémoire individuelle ou locale, ainsi que dans les traditions liées à cette région... et probablement en des contrées plus éloignées.
En ce qui concerne les récits oraux traditionnels liés à St Sabin, il est difficile, actuellement, de retrouver ceux et celles qui en sont encore détenteurs... La mémoire vive se raréfie de façon inexorable. Les anciens nous quittent sans, souvent, avoir l'opportunité de trouver une oreille attentive pour recueillir cet aspect "merveilleux" du passé émotionnel et sacré du Pays...
Les archives hagiographiques sont encore nombreuses, répertoriées, et faciles d'accès... Il n'y a, de ce côté, aucune difficulté à retrouver les "légendes saintes"... Il faut, cependant, admettre une certaine "rigidité" incontournable dans ce sens de recherche, qu'il ne faut, pourtant, surtout pas négliger...
SAINT SABIN DE SPOLETTE. (ITALIE)
Extrait de "La vie du Saint des Saints Notre Seigneur Jésus Christ"
NB : Nous entrons ‘… ?...’ en cours de texte aux endroits où le mot est illisible.
La vie de Saint Sabin et de ses compagnons martyrs.
"... Le Vénérable BEDE SURIUS et l'évêque … ?... ont recueilli la vie et le martyre de SAINT SABIN. Il était, nous disent-ils, Evêque de SPOLETTE en TOSCANE, très versé dans la connaissance des divines écritures et d'ailleurs fort éloquent. Il fut arrêté par ordre de Vénustien président de TOSCANE, avec ses deux diacres Exuperance, Marcel et plusieurs autres ecclésiastiques. Ce Vénustien avait dans son cabinet une idole de Jupiter fort bien travaillée, richement ornée, qu'il présenta à SAINT SABIN afin qu'il l'adorât. Le Saint Evêque la prit mais non pour l'adorer car après qu'il eut fait sa prière à DIEU il la jeta par terre et la mit en pièces. Vénustien qui en faisant grand cas entra dans une telle colère contre le SAINT et les diacres que, sans forme de procès, il lui fit couper les mains sur le champ. Pour ses deux diacres, il les fit mettre sur le chevalet en sa présence et frappa leur corps à grands coups de fouets et de bâtons. Ensuite il leur fit écorcher les côtes avec des ongles de fer. Enfin il fit allumer un grand feu pour les brûler et ces deux Saints diacres finirent leurs jours dans ce martyre. Leurs corps furent en un temps jetés dans une rivière mais un bon prêtre et quelques pêcheurs chrétiens en étant avertis les retirèrent et les enterrèrent auprès du chemin Cependant le Saint Evêque fut mis en prison. Il y avait une veuve chrétienne nommée Sérène qui avait un merveilleux … ?... de SAINT SABIN. Elle avait un neveu qui était aveugle.
Cette pieuse dame résolut de le mener avec elle en prison et de le présenter au Saint, elle le recommanda à ses prières. Alors le Saint Evêque étendant ses bras coupés à moitié sur les yeux de cet aveugle (il s'appelait Priscien) adressa sa prière à Dieu, qui, en sa faveur, lui rendit aussitôt la vue. Ce miracle s'opéra dans la prison en présence de onze païens qui se prosternèrent aussitôt aux pieds de SAINT SABIN confessant que le DIEU qu'il prêchait et adorait était le vrai, le seul DIEU; et ils furent tous baptisés par le Saint Evêque. Vénustien ne manqua pas d'être averti de tout ce qui s'était passé. Affligé lui-même d'un mal d'yeux, il envoya sa femme et ses deux fils à la prison pour lui amener SABIN au logis. Aussitôt qu'il fut arrivé, le Président qui l'avait auparavant si mal traité se jeta à ses pieds, baigné de larmes, avec sa femme et ses deux enfants et lui demandant pardon le supplia de le baptiser; ce qu'il fit après l'avoir introduit. Aussitôt que Vénustien eut reçu le baptême il reçut aussitôt la guérison de ses yeux. L'empereur MAXIMIEN ayant appris ses nouvelles condamna SAINT SABIN à la mort, et son Président VENUSTIEN à avoir la tête tranchée. Pour l'exécution de cette sentence, il envoya un tribun nommé IUCIUS qui, sans forme de procès, fit mourir Vénustien avec sa femme et ses deux enfants dans la ville d'Assise. Ensuite il emmena SAINT SABIN à SPOLETTE où il le fit maltraiter avec tant de cruauté qu'il en mourut le 17 décembre l'an de Notre Seigneur 301, son corps fut enseveli hors de cette ville, environ à une demie lieue de cette pieuse veuve Sérène dont nous avons déjà parlée. Elle avait aussi auparavant mis les deux mains de SAINT SABIN dans un vaisseau de verre, et les avait embaumées avec piété dans sa maison... "
SAINT SAVIN D'AMPHIPOLIS (ITALIE)
Légendaire de l'Abbaye de SAINT SAVIN.
Extrait du légendaire de SAINT CYPRIEN à POITIERS.
"... En l'an 458 de l'incarnation de N.S., Maxirnus et Ladicius étant consuls à AMPHIPOLIS, ville d'ITALIE, un redoublement de ferveur se manifesta parmi les gentils, par des sacrifices continuels à DIONYSIUS, leur principale idole. Il y avait alors à AMPHIPOLIS deux frères d'une naissance illustre, SAVIN et CYPRIEN, natifs de BRISIA (BRESCIA), ville voisine, célèbres l'un et l'autre par leur sagesse et leurs vertus. Ils voyaient avec horreur les grossières superstitions des Amphopolitains et les exhortaient à quitter leurs idoles de bois ou de métal, pour adorer le seul vrai DIEU.
Cinq mois après la fête de DIONYSIUS, que les gentils avaient célébrée par des danses et des orgies, LADICIUS vint à AMPHIPOLIS, et tout le peuple, animé contre les chrétiens, courut les dénoncer et demander leur mort au proconsul. Celui-ci fit aussitôt comparaître les deux frères devant son tribunal, et les interrogea d'abord avec douceur. SAVIN, comme l'aîné, parla le premier, et, plein d'une noble audace, confessa qu'il était chrétien. Il reprocha même à LADICIUS son aveuglement. Le magistrat, espérant que la jeunesse de CYPRIEN serait plus facile à séduire, tâcha d'obtenir de lui une rétractation. Prières, menaces furent inutiles; les tourments n'eurent pas plus d'effet. D'abord on les suspendit à un poteau, et on les déchira avec des ongles de fer. Les bourreaux se fatiguaient, lorsque LADICIUS voulut tenter encore une fois de séduire les deux chrétiens et d'obtenir d'eux qu'ils sacrifiassent aux idoles. Il s'aperçut alors que leur constance n'était pas ébranlée. SAVIN, s'approchant de l'idole de DIONYSIUS, fit le signe de la croix, et aussitôt l'idole, tombant de son piédestal, se rompit en morceau. Furieux à ce spectacle, LADICIUS fit jeter les deux soldats du Christ dans une fournaise ardente; mais le feu les respecta et n'endommagea pas même leurs vêtements. Sous cette voûte ardente, les deux jeunes martyrs louaient le seigneur, lorsque tout à coup les flammes, sortant avec impétuosité de la fournaise, consumèrent LADICIUS et cent soixante des gentils qui assistaient au supplice. On ne put retrouver le moindre débris de leurs cadavres. Un des principaux de la ville, nommé GELASIUS, peu touché de ce miracle, fit conduire les Saints dans la prison.
Quelques jours après arriva MAXIMUS, collègue et parent de LADICIUS, attiré à AMPHIPOLIS par la nouvelle de la mort de ce dernier. On lui amena les deux Saints. "Parle, dit-il à SAVIN, toi qui es supérieur de taille et d'années; comment te nommes-tu?" Or SAVIN était d'une haute stature, terrible à voir, le visage gracieux et rondelet bien proportionné de tous ses membres, et, quant à l'esprit, le plus doux et le plus aimable des hommes. "Mon père, répondit SAVIN, se nommait MAGNUS, ma mère TATIA. Je m'appelle SAVIN. Elevé par eux dans l'étude des bonnes lettres, je suis humble clerc. Et toi, quel est ton nom? demanda le proconsul à CYPRIEN. - Moi, je suis CYPRIEN. Nous sommes frères de père et de mère, fils de MAGNUS BRESCIA, trois fois consul, et revêtu de la dignité préfectorale. Notre mère est également de famille consulaire étant fille de CAMPADIA. - Eh bien, dit MAXIMUS, en dépit de votre illustre naissance, sachez que, si vous n'adorez pas sur l'heure le dieu APOLLON, vous serez mis à la gêne, puis livrés aux bêtes de l'amphithéâtre. On devine la réponse des deux héros chrétiens. Trois jours leur supplice fut différé, non point par commisération; mais on voulait faire jeûner une lionne et deux lions terribles, afin de rendre inévitable la mort des martyrs. Le jour venu, MAXIMUS assis sur son tribunal, tout le peuple se pressant dans l'amphithéâtre, on lâcha d'abord la lionne, qui, d'un bond, s'élança au milieu de l'arène en poussant un rugissement effroyable. Mais, ô surprise! à la vue des deux frères sa fureur disparaît; elle remue la queue comme un chien, et leur lèche les pieds. Les deux lions qu'on lâche ensuite montrent la même douceur, et caressent humblement les victimes offertes à leurs dents homicides. Mais tout le peuple s'écria: " ils charment les lions par art magique! qu'on leur donne la mort!" le proconsul les fit ramener en prison, pour méditer quelque genre de supplice aussi nouveau qu'épouvantable. Trois jours les deux frères demeurèrent en prison, restaurés par la nourriture du jeûne. Au bout de ce temps, un ange leur apparut: " Sortez, leur dit-il, prenez le chemin des Gaules; là, vous trouverez la récompense que le seigneur vous destine." Aussitôt les murailles de la prison s'écartèrent à droite et à gauche, et les chrétiens se virent libres. Les Saints sortirent de la prison vers les calendes de mai. Ils se rendirent d'abord chez deux prêtres chrétiens. ASCLEPIUS et VALERE, qui jusqu'alors avaient échappé à la persécution en déguisant leur croyance. Animés par la fermeté de SAVIN et de CYPRIEN, ils trouvèrent assez d'audace non seulement pour les accompagner dans leur long voyage, mais même pour les suivre jusqu'à leur martyre. Tous ensemble ils traversèrent les Alpes pennines, et parvinrent au bord du RHONE; leur renommée les précédait et partout ils étaient entourés d'un grand concours de peuple avide de les voir et d'entendre leurs touchantes exhortations. Une femme païenne, nommée EMMENIA, vint déposer à leurs pieds son enfant mort. "Si vous êtes, leur dit-elle, comme on le prétend, les amis du grand DIEU, faites, par vos prières, qu'il me rende ma seule espérance, mon fils unique. Je suis chrétienne si vous me le rendez" SAINT SAVIN fit une courte oraison; puis, prenant la main de l'enfant, il le releva plein de vie. Avertis par un ange, les Saints et leurs compagnons poursuivirent leur voyage. A LYON, ils passèrent la SAONE à la nage, et, cheminant par la haute BOURGOGNE, ils parvinrent jusqu'à AUXERRE. Là, ils trouvèrent le très glorieux GERMAIN, et LOUP, évêque de TROYES, l'un et l'autre revenant d'un voyage en IRLANDE, île habitée par les SCOTS et les BRETONS, vers lesquels le souverain pontife les avait dépêchés pour extirper l'hérésie des PELAGIENS. D'abord, GERMAIN voulut le retenir; mais, éclairé par une révélation divine, il les bénit et les accompagna jusqu'à trois milles d’ AUXERRE. Après avoir passé la LOIRE et traversé le pays de TOURS, SAINT SAVIN et ses compagnons se trouvèrent sur le territoire des Poitevins, au confluent de la GARTEMPE et de la CREUSE: là, comme ils prenaient quelque repos, ils aperçurent le proconsul qui les poursuivait.
MAXIMUS avait juré de ne revoir l'Ausonie que lorsqu'il aurait vengé la mort de son parent LADICIUS; il s'était mis en route avec deux cents satellites italiens, et, suivant partout les Saints à la piste, il venait enfin de les découvrir. Déjà les chrétiens se croyaient parvenus au terme fatal de leur voyage, quand tout à coup une barque parut au bord de l'eau. Ils y entrèrent, et la barque, sans voiles, sans rames, les porta en un instant à l'autre rive. Aveuglé par la fureur, MAXIMUS se jeta sans balancer dans la rivière pour les atteindre, il y perdit la moitié de son monde, qui se noya dans les flots. Sans se décourager, il recommença sa poursuite, et atteignit enfin les illustres fugitifs sur le bord de la Gartempe, à un mille environ d'ANTIGNY, dans un lieu nommé CERISIER (CERASUS). Aussitôt, il les fit garroter, et les conduisit dans une île de la Gartempe, en face d'un champ appelé Sceaux (Sellis ou Psellis). Là, il leur fit souffrir tous les supplices que sa rage sut imaginer. Un malheureux tourmenté par un esprit de ténèbres, assistait à ce triste spectacle. "Tu vois ce fou, dit MAXIMUS à SAVIN; ne saurais-tu faire sur ce misérable quelqu'un de ces miracles que tu faisais en Ausonie, par la vertu de ton Christ crucifié?" SAVIN levant les yeux et les mains au ciel, supplia le Seigneur de délivrer le possédé : incontinent l'esprit immonde sortit du corps de ce malheureux avec une horrible puanteur. Le possédé demanda le baptême, et avec lui dix des satellites de MAXIMUS. Nul miracle ne pouvant toucher ce maudit, il fit trancher la tête à SAVIN et à ses dix soldats; quant à CYPRIEN et à ses deux compagnons, ASCLEPIUS et VALERE, il les emmena avec lui à ANTIGNY. La nuit même, les deux prêtres ASCLEPIUS et VALERE, miraculeusement délivrés de leurs fers, se rendirent dans l'île où gisait abandonné le cadavre du martyr; ils le portèrent de l'autre côté de la rivière, sur une hauteur que l'on nommait alors le Mont des TROIS-CYPRES (ad Tres-Cupressos). Il y avait une chapelle ruinée par les vandales, consacrée jadis au bienheureux SAINT VINCENT. Ce fut ce Saint lieu que les deux prêtres choisirent pour la sépulture de SAVIN. Ils l'y déposèrent le 9 des ides de juillet. CYPRIEN trouva le martyre à ANTIGNY et fut enterré à côté de son frère. Pour MAXIMUS et ses soldats, livrés au démon et agités d'une fureur divine, ils périrent tous misérablement bientôt après. Ainsi finit la légende... "
LE SAUT DE LORETTE.
Légende Populaire du Pilat. Texte recueilli en 1984 auprès d'un habitant de Véranne.
"...Un Saint du nom de SABIN s'était retiré dans le désert sur le Pilat. Après il sera martyrisé en Auvergne avec St Donat et Ste Agathe...
Il avait deux boeufs un noir et un blanc. Il les nourrissait avec l'herbe d'argent. Avec les boeufs il charriait les tas de rochers le long de son désert... on voit toujours les pieds des animaux sur un rocher là-haut avec la marque de l'aiguillon.
Je sais que sur son ermitage on a construit la chapelle du pèlerinage... Avec un tableau et une statue chargée d'ex-voto.
Le jour du reméage on vient de loin... très loin. Chacun ramasse "lachimie", après la messe il y a bénédiction des bouquets par le curé... alors on retourne après frotter avec l'herbe la statue dans la chapelle et on la trempe à la fin dans le bénitier à l'entrée de la chapelle... Je les ai vus et j'ai fait comme les autres... Après on accroche le bouquet dans la maison ou dans l'écurie. Aussi on la donne aux bêtes et autrefois on la faisait manger aux vers à soie... je crois...
Au temps de St Sabin tous les gens vivaient dans la barbarie... il n'y avait pas le curé... Ils adoraient le soleil ou les rochers!
Je sais que dans une cabane il y avait un vieux, il s'appelait "Botte" et sa fille était très belle et elle s'appelait "Lorette". Alors le seigneur de Virieu la demandait en mariage... Il était vieux et très dur. Lorette était très douce. Elle chantait avec les oiseaux du ciel... Ils l’écoutaient.
Un jour le vieux Botte s'est perdu dans les bois du désert, là-haut... Il était surpris de voir le Saint mener ses deux boeufs. Ils parlèrent longtemps et le Saint lui raconta sa religion. Botte promit de remonter... Il faisait nuit, il fallait descendre du désert.
Lorette attendait son père... Il lui expliqua son histoire.
Alors le matin elle est montée voir l'ermite là-haut.
En arrivant elle lui a dit que dans la nuit une voix lui disait: "va vers Saint Sabin!" alors Saint Sabin la bénit et remercia Dieu. Il raconta l'histoire de la naissance de Dieu dans une grotte. L'enfant Dieu qui modelait des oiseaux en argile et leur donnait la vie en soufflant dessus... Il guérissait aussi les malades et faisait revenir les morts... et puis sa mort sur la croix d'olivier... et puis l'hirondelle noire qui porte bonheur parce qu'elle a arraché une épine sanglante du front du Jésus qui mourait...
Alors Lorette pleurait... Elle reçut le baptême et tous les matins elle montait des fleurs pour la messe du curé de St Sabin... Après le vieux Botte était mort, et Lorette est seule. Elle essayait de faire convertir le Seigneur Virieu. Il ne voulait pas... et elle ne voulait pas le vieux seigneur Virieu comme un payen. Le Seigneur voulait se marier avec elle avant de partir chasser les arabes du Pilat. "Je te donnerai mon château et mes jardins... "
"J'ai ma cabane et la forêt du désert"
"Tu seras la reine, riche et tu auras mon épée"
"Fais-toi chrétien, je le serai plus encore"
Et un jour elle dut fuir le seigneur devant toutes ses avances...elle courut longtemps des heures sans s'arrêter dans les buissons sur les cailloux. Elle est arrivée dans un vallon très étroit entre des collines avec des vieux chênes. Au fond il y avait une cascade, l'eau disparaissait dans un gouffre. Elle entendit le romain arriver sur son cheval noir. Elle essayait de parler doucement, puis de le menacer de l'enfer. Rien n'y faisait, le seigneur avançait toujours vers elle...
"Si vous avancez encore je me jette dans le gouffre"
"Je t'y suivrais bien"
Lorette pria et elle s'est jetée dans le gouffre.
"Mal va!" cria le seigneur... il a essayé de retenir Lorette son cheval a glissé sur le bord du rocher... et ils sont tombés tous les trois dans l'eau du gouffre. Sur l'eau seul est remonté le corps de Lorette dans sa robe blanche. Le romain et son cheval ont été emportés dans le gouffre.
Le soir Saint Sabin inquiet de ne pas avoir vu Lorette, vient dans le vallon abandonné... Il a repêché le corps de Lorette, il a pleuré, il l'a enseveli au pied d'un vieux chêne... et il est remonté pour toujours sur le désert du Pilat dans sa chapelle avec ses boeufs...
Les anciens ont appelé la cascade "Saut de Lorette" en mémoire de la martyre et le vallon est appelé Malleval en souvenir du cri lancé par le seigneur... "
Une variante dans la version
Une autre version de cette "histoire populaire" rapporte par contre que St Sabin a enterré le corps de Lorette vers le crêt de Botte. On voit, certaines années, disent les anciens, apparaître dans les fourrés une touffe de genêts blancs, sur un ovale de trois mètres de long parmi les autres d'un jaune d'or... Ce serait le lieu où St Sabin aurait creusé la tombe de Lorette... Les anciens ajoutaient que lorsque les genêts fleurissaient "blancs", l'année serait très sèche... Il fallait alors monter solliciter le Saint pour le rituel de l'eau...
Légendes de l'installation de St Sabin dans le Pilat.
Récits recueillis par J. NARDONE
"... une autre bribe dit que: il a commencé à s'établir dans une grotte entre THELIS LA COMBE et la VERSANNE sur le Crêt de l'ESTIVAL, il y a là une grotte dans le granit qui fait une dizaine de mètres de profondeur et trois mètres de haut et qu'on appelle la grotte des Sarazins. Et St Sabin a commencé à vouloir s'établir là au début. Mais il y avait tellement de crottes de chèvres et ça sentait tellement le bouc qu'il s'est mis en colère... il a jeté le marteau de maçon avec lequel il devait construire sa chapelle et à l'endroit où le marteau est tombé il est allé construire sa chapelle... et c'est l'endroit de la montagne actuelle... ça fait quand même pas mal de kilomètres entre les deux montagnes mais il y a probablement un lien à l'origine entre cette grotte et la montagne de Saint Sabin parce que les légendes de Saint Sabin sont extrêmement vivaces à THELIS LA COMBE et la VERSANNE encore aujourd'hui..."
"... Ben y'avait Saint SABIN, Saint CLAUDE et Saint MAURICE là bas qui étaient tous trois sur leur montagne, alors pour s'amuser ils jouaient au "paret" avec des meules de moulins.... du crêt d'un Saint à l'autre...ils se les passaient les "parets"... ça c'est un vieux de COLOMBIER qui me l'a raconté, mais c'était pendant la guerre de 14, moi j'avais 7 à 8 ans, alors il me racontait... puis il disait que c'était vrai..."
"... une légende qui se raconte au sujet de Saint Sabin avec un moine qui était à la chapelle St Claude au dessus de MALLEVAL. De sa chapelle St Sabin disait au moine de St Claude: "tzesse bien ma là vais!.. " Et celui de St Claude répondait: " tzesse bion pis là mon!..".
Ce qui veut dire en français, de la part de St Sabin: "tu es bien mal là bas !... Et de la part du moine de Saint Claude: "tu es bien pire là haut!... "
En réalité c'est un jeu de mots qui veut dire... en patois "MALAVAIS" c'est MALLEVAL, et "PILA" c'est PILAT!...
"Historique de la chapelle dédiée à Saint SABIN"
Abbé SOUCHON de la commune de GRAIX.
"...La tradition assigne à une époque très reculée à l'existence d'un Saint montagnard nommé SABIN. Elle ajoute que c'était un vertueux habitant de la campagne, simple laboureur, d'une haute intelligence et d'une grande piété. Le ciel bénit ses travaux en lui donnant les plus grands troupeaux et les champs les plus fertiles. Il devint par ses bienfaits la providence du pays comme il en était l'oracle par ses conseils. D'après la légende, SAINT SABIN aurait charrié avec ses boeufs, l'énorme éboulis de pierres appelé chirat qui se voit sur le versant Est de la montagne..."
Notons que les récits légendaires s'étagent sur trois genres dissociables: légendaire populaire de transmission orale, légendaire populaire transcrit, et enfin légendaire hagiographique.
COMPARAISONS DES RECITS LEGENDAIRES LIES A SAINT-SABIN DE LA REGION DU PILAT
LIEU DU MARTYRE:
-St Sabin Pilat: AUVERGNE et PILAT.
-St Sabin Spolette: SPOLETTE.
-St Sabin Amphipolis: Ile de la GARTEMPE.
PERSONNALITE:
-St Sabin Pilat: Fervent montagnard chrétien. Muni de deux boeufs nourris d'alchemille.
-St Sabin Spolette: Instruit dans la science des lettres.
-St Sabin Amphipolis: Esprit et visage doux, aimable.
LIEU D'ORIGINE:
-St Sabin Pilat: Lyon, un des premiers chrétiens. Région du Pilat.
-St Sabin Spolette: SPOLETTE (ITALIE)
-St Sabin Amphipolis: BRESCIA (ITALIE)
THEME DU MARTYRE:
-St Sabin Pilat : Mains et tête tranchées.
-St Sabin Spolette: Mains coupées.
-St Sabin Amphipolis: Tête tranchée.
ORIGINE FAMILIALE:
-St Sabin Pilat: Deux "frères", Claude et Maurice.
-St Sabin Spolette: néant.
-St Sabin Amphipolis: Un frère, Cyprien.
Père, Magnus, consul. Mère,Tatia. Famille consulaire et aisée.
LIEU CONSACRE:
-St Sabin Pilat: Véranne, oratoire, chapelle, grotte, mont.
-St Sabin Spolette: néant.
-St Sabin Amphipolis: St Savin sur Gartempe.
BREVE ANALYSE DES LEGENDES DE SAINT-SABIN
Première remarque: Le saint et son environnement sont cernés, sur cette région, et remarqués par leur empreinte et emprise sur la tradition, même historique, locale. Sous tous ses aspects, on distingue l'implantation du christianisme sur ce secteur géographique: martyrs de la région lyonnaise, de l'Auvergne, origine du nom de Pilat (Pilate) et du sommet de la montagne St Sabin... Nous pouvons probablement envisager une réactualisation et une récupération efficace de restes d'anciennes traditions, religions ou mythes locaux... inconsciemment présents dans les récits, hésitants, mémorisés par les anciens de la région.
Les légendes occupent globalement et fermement l'espace géographique local. Les Saints, peu importe leur nom et leur fonction, sont implantés sur les sommets. Par cette présence, ils maintiennent un sens de non isolement, de puissance de contrôle, de liaison permanente... de la région. Jocelyne Nardone résume admirablement la situation légendaire "... Si les légendes popularisées reprennent vraisemblablement de nombreux éléments hagiographiques, elles ne sont pas seulement constituées par ces emprunts, mais rappellent constamment leur fondement plus ancien en regard de l'enracinement régional. Elles subissent donc par et dans l'oralité un réel processus de socialisation dynamique par opposition aux légendes hagiographiques plus généralement partagées et anonymes. Ainsi elles se veulent par exemple à la fois témoins des débuts du christianisme et de l'implantation d'une vierge noire comme pour mieux témoigner de l'impact des rires ancestraux sous le vernis chrétien. Il y a donc utilisation et réinterprétation des matériaux fournis avec l'histoire. Il y a singularisation sociale ou socialisation singulière qui dynamise à l'aide des modèles véhiculés le désir chrétien d'imitation, de surpassement par véritable injonction idéaliste et moraliste. L'implication historique s'affirme avec les druides, les romains, les sarrasins et la révolution, c'est à dire avec une histoire opposante au christianisme. En fait tout se passe comme si au niveau des légendes le discours populaire privilégiait la mise en péril comme pour faire "perdurer" la canalisation de la violence ainsi neutralisée par une constante réinterprétation à travers le dynamisme du récit et l'homogénéité du rituel..."
ELEMENTS ETYMOLOGIQUES
Dictionnaire des Noms de familles. (Larousse)
- SABIN, forme populaire SAVIN. Nom de deux saints (Poitevin et Bigordan): SABINUS, ancien nom latin, "originaire de la Sabine".
La forme languedocienne et gasconne Sabi, variante Saby, s'est confondue tardivement avec la forme régionale de Savi, Sage.
- SAVINIEN, de Saint Sabinianus (dérivé de Sabinus), premier évêque de Sens et Martyr (Ille S.)

Dictionnaire Etymologique des Noms de lieux. (Guénégaud)
- Saint-Savin, Gironde, Isère, Htes Pyrénées, Vienne: latin Sabinus, nom de plusieurs saints du Poitou (Ve S.) et de Bigorre.
Dictionnaire Etymologique des Noms de rivières et de Montagnes (Klinksieck)
-Sab / Sav: racine prélatine à valeur hydronomique et oronomique.
Dans les langues prélatines ou celtiques, le V et le B ont la même valeur (en espagnol V se prononce B).
Encyclopédie Quillet (Pot.-Sel)
"-Sabinus (Julius) né à Langres, chef Gaulois du pays de Langres, mari d'Eponine; mort en 78. Il se révolta contre Vespasien et chercha, avec Civilis, à affranchir la Gaule de la domination romaine. Battu, il fut livré à Vespasien, malgré le dévouement de sa femme qui, pour le sauver, le cacha dans un souterrain pendant neuf ans. Ensemble ils furent mis à mort."

André Douzet

témoignage


Nous avons pensé laisser la troisième partie de ce travail sous la forme d’un texte emprunté à un auteur de renom, concernant la région du Pilat. Il s’agit de Pierre VANEL. Le passage que nous avons choisi est extrait de son ouvrage « NOTRE MONT PILAT », de la série ‘Tourisme et voyage’, imprimé à St Etienne pour la Société Anonyme de l’Imprimerie Thequier, en 1932. Les illustrations, de L. PARET, sont celles accompagnant le texte dans ce livre remarquable.
Le plan cartographique est extrait d’un autre fascicule :
« NOTRE PILAT Promenades, excursions, randonnées » de messieurs C. BERTHIER, délégué du Touring-Club de France et R. BARGETON, instituteur au Bessat. L’ouvrage a été réalisé par l’Imprimerie Marc OLLAGNIER à La Terrasse – St Etienne. Date indéterminée. Le site de St Sabin est cerclé à droite de la carte. On retiendra avec profit les lieux intéressant le ‘Curieux de nature’ du Pilat…
Enfin, le plan du site est extrait de l’ouvrage « ETUDE SUR QUELQUES MONUMENTS CELTIQUES DU MONT PILAT ET DE SES ENVIRONS » De Louis DUGAS. Il date de 1927. Ce plan est intéressant dans la mesure où il nous montre le plan de masse sommaire sans l’abondante végétation qui l’envahit maintenant. On déplorera cependant, sur ce relevé, quelques manques, sur lesquels nous reviendrons dans les chapitres suivants (l’aven de St Sabin, le menhir couché et d’autres petits détails un peu trop vite oubliés).
Voici le texte concernant Saint Sabin, extrait du livre de Pierre VANEL. Il s’agit des pages 41 à 43. Nous espérons vous faire partager notre admiration pour l’écriture de cet auteur et le sentiment profondément respectueux qu’il sait faire ressortir à propos de ces lieux de notre patrimoine à la fois humanitaire, traditionnel, superstitieux mais aussi mystique et historique.

VII. - Saint Sabin
Elles demeurent vivantes et solides les vieilles traditions, dans le cœur des habitants de nos montagnes.
Le lundi de Pentecôte, qui est le jour traditionnel, plusieurs messes sont célébrées entre les murs restaurés du petit oratoire de Saint-Sabin qui domine, de si haut, Maclas et la vallée du Rhône.
Venus du côté de Saint-Appolinard ou du côté de Doizieu, ayant gravi des pentes opposées, des centaines d'agriculteurs se rencontrent au sommet, sur le haut promontoire balayé des vents, où le soleil vient les saluer.
Partis de bon matin de leurs paroisses, portant en bandouillère la gourde et le sac aux provisions, ils accomplissent le pèlerinage qu'ont fait tant de fois leurs ancêtres.
Comme eux, autour de la chapelle solitaire, ils se baissent pour recueillir la poignée d'herbes qu'ils rapportent comme souvenir et gage de protection.
Pour la plupart, ils sont de retour vers midi, dans leurs villages. Ils ont leurs semelles pleines de boue et semblent quelque peu harassés. Oh ! si peu !
Mais de tous les promeneurs du lundi de Pentecôte, ils paraissent les moins déçus, les plus contents.
……………………………………………………………………………..
Et, à mon tour, j'arrive de Saint-Sabin...
J'ai voulu accomplir ce pèlerinage dont j’avais entendu parler si souventes fois... Comme les paysans, mes amis, de la bouche desquels j'ai si fréquemment entendu le récit de la traditionnelle ascension, je suis parti un beau matin...
Derrière l'Œillon, au hameau de Chaumienne, j'ai pris le sentier qui, sans aventure, conduit à pied d'oeuvre...
Quarante minutes de sous-bois et d'éclaircies charmantes, et voici, là-haut, sur le crêt, la vieille chapelle...
Avant d'y grimper, il faut, à la ferme toute proche, s'en aller quérir la clef... On me la confie, attachée à un morceau de bois où le couteau de pèlerins successifs a gravé de multiples initiales... Ainsi fixée, la clef risquera moins d'être perdue dans les bruyères ou les roches des «chirats» !...
...Et me voici dans la haute cabane où saint Sabin reçoit ses amis. ...Un autel avec la croix, le portrait du saint, deux statuettes et six chandeliers... Sur une petite table, un plat d'étain où sont déposées les offrandes de ceux qui m'ont précédé... Quelques bancs et, au-dessus, la voûte peinte en bleu que marquent les moisissures...
Tout est silence et solitude, et mes pas résonnent étrangement dans l'étroite chapelle où le jour ne pénètre que faiblement... Où êtes-vous, pèlerins de jadis, où j'ai compté sans doute mes ancêtres ?... Où êtes-vous, groupes nombreux des lundis de Pentecôte..., pittoresques caravanes de lointaines paroisses que précèdent leurs curés ?...
Aujourd'hui, il n'y a ici que saint Sabin et moi, et aussi le vent qui éternellement gémit autour de ce haut promontoire...
Je fais, extérieurement, le tour de la chapelle, et m'avance au nord-est sur la proue des rochers en dessous desquels s'écroule, vers Véranne, l'un des plus formidables « chirats » du Pilat... Des nuées que le vent chasse m'enveloppent un instant...
Il est midi... De ce haut lieu, je vois, au loin, plusieurs clochers... L' « Angélus », en cet instant, doit y sonner, mais aucune vibration ne monte jusqu'ici...
Mes yeux s'emplissent de l'immensité, et tout mon être se laisse aller à cette ivresse des altitudes qui est la meilleure récompense de l'effort...
...Mais l'heure passe... Des chèvres curieuses sont grimpées de la ferme voisine : je descends sur leurs traces...
Deux heures après, c'est Maclas...
Du « départemental » qui m'emporte, je vois encore Saint-Sabin et les Trois-Dents (qui disparaissent bientôt dans les nuées (de l'orage dont les approches, depuis ce matin, m'ont préservé du trop ardent soleil de juillet...
Adieu donc, ô Sabin, vieil évêque dont le lointain souvenir aux contours effacés subsiste néanmoins sur ces sommets...
Survie imprécise et mêlée, sans doute, pleine d'ambiguïté, et à propos de laquelle me revient bizarrement, tandis que le train s'éloigne, un mot de Jules Lemaître :
— « Si le choix m'en avait été laissé, j'aurai choisi d'abord d'être un grand saint..., puis une femme très belle, puis un grand conquérant ou un grand politique, enfin un écrivain ou un artiste de génie. »
Oui..., mais d'abord un saint !...
Et il est bien sûr, qu'au simple point de vue humain, l' « immortalité » d'un saint est la plus durable et, si l'on peut dire, la plus vivante. Pour ne citer que deux tombeaux voisins, voisins dans le temps et dans l'espace, il est évident — je l'ai vivement éprouvé — qu'il y a infiniment plus de vie, infiniment plus de chaleur auprès de la châsse des Dombes où dort le Curé d'Ars, qu'auprès de la romantique sépulture de Saint-Point où repose Lamartine.
...Et, puisqu'il est question de « suivie », n'est-ce pas le moment de rappeler la célébrité prolongée, la fidélité reconnaissante qui environne un autre personnage du Pilat : Laurent Odouart ?
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Pour conclure ces emprunts en texte et illustrations, nous souhaitons également ajouter un petit encart de la page 6 du livret NOTRE PILAT d’où est extrait le plan cartographique. Il nous semble toujours et plus encore que jamais d’actualité, à notre époque où le respect des sites et de leur environnement n’est plus de coutume… que ce petit avertissement devienne une sorte de devise pour tous les visiteurs et chercheurs…
Vous qui aimez nos beaux sites
Soyez respectueux
De leur propreté et de leur beauté
Ne laissez à l’abandon
Ni papiers ni détritus
Faites-les disparaître
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Ne jetez pas de pierres dans les prés
MERCI

Un tableau symbolique dans la chapelle


Venir à St Sabin, y ‘monter’, n’était jamais un acte gratuit, mais toujours un acte réfléchi, en forme de queste surnaturelle, religieuse ou superstitieuse… voire magique. Certes, on y venait pour les pèlerinages, mais aussi pour y trouver le réconfort et la certitude de l’inavoué parfois, comme nous le verrons plus tard.
Il y avait bien les deux statues (et d’autres disparues maintenant) illustrant l’attention de l’invisible, deux représentations, l’une de l’autorité religieuse souvent inaccessible, et l’autre du ‘berger’ à l’image de tous ceux qui … allaient à St Sabin. Mais, à mieux regarder ces sculptures, à la fois naïves et complètes dans leur symbolisme, nous voyons se dessiner le fait qu’elles ne sont peut-être pas forcément l’illustration finale de l’attente des voyageurs vers l’absolu. Au-delà des pèlerins habituels et ‘réguliers’, d’autres visiteurs montaient dans une attente plus… ésotérique. St Sabin possédait, en effet, une autre ouverture vers l’invisible de la foi.
De part et d’autre du maître autel, les deux statues encadrent, en réalité, une représentation bien plus riche en symboles cachés que le profane ne sait voir… et dont, d’ailleurs, personne ne l’en informe. Dans les lieux ‘forts’, en ce que nous appellerons simplement le ressenti établi depuis de nombreux siècles, se trouve l’incontournable loi de la Trinité. A St Sabin, cette dernière règne dans toute sa puissance. En bas, nous trouvions le St Sabin voué à une forme de superstition populaire: le magique… Mais, en haut, se trouve le St Sabin doublement vénéré dans sa manifestation religieuse: le noble évêque et la bergère miraculeuse… Mais ne serait-ce point ici une sorte d’androgynat ou de dualité primordiale oubliée qui soient proposés au… connaisseur ? Il restait, à l’usage des initiés, un troisième St Sabin dans sa conséquence ésotérique : le sacré. Nous le trouvons entre les deux statues, et au-dessus de l’autel, sous une forme picturale maintenant délaissée, bien que toujours à sa place de choix dans l’axe du sanctuaire.
LE TABLEAU
Nous sommes face au maître-autel derrière lequel se trouve une grande peinture représentant St Sabin ecclésiastique. C'est la troisième représentation du saint, qui résume les deux autres en les complétant dans les détails légendaires et traditionnels. Cette peinture sur toile ne semble faire l'objet d'aucune dévotion particulière, ni commentaires dans les annexes rituels de St Sabin. L'indifférence à son égard est telle que personne aujourd'hui ne prête attention à ses détails pourtant riches de symboles et d'enseignements... Cette ignorance va jusqu’au constat qu’aucun entretien de ce tableau n’a jamais été engagé… ni programmé par les services officiels compétents en matière de patrimoine artistique. Mais à mieux y réfléchir, ce mépris est peut-être une chance inespérée pour cette peinture de ne pas subir les ‘restaurations modifiantes’ appliquées sans scrupules, ni mesures, sur les deux statues latérales…
L’axe pictural de St Sabin
Nous voyons St Sabin majestueux, en habit et mitre, tenant dans sa main gauche la crosse d'évêque particulièrement ‘spiralée’. Remarquons déjà que le personnage forme l'axe vertical exact du tableau et le coupe en deux parties radicalement différentes, opposées dans leur fond et leur forme. Cependant, tous les détails, symboles et proportions convergent vers le seul St Sabin. Ce dernier apparaît ici sous la forme d'une somme, entière et indissociable, issue d'une dualité que ce tableau invite à appréhender par un biais symbolique complet selon les axes traditionnels des horizontales, verticales, espaces et temps, lumière et ténèbres...
La portion du tableau depuis l'épaule gauche du saint, à droite pour le visiteur, est dans une dominante de teintes claires. La crosse de l'évêque se détache, haute et droite, sur fond de jour, près d'une colonne « blanche » à base carrée, puis de section cylindrique pour le haut. Cette colonne n'a pas de fin, nous n'en voyons pas le chapiteau final... La main du personnage, sur cette partie « claire », est montante et tient la canne d'évêque qui, elle, s'achève par la crosse d'or sur fond de ciel pur et totalement dégagé de nuages...
Le jeu des couleurs
La partie gauche pour le visiteur, et droite pour le saint, se situe dans une grande pénombre. Ici, le décor change radicalement: le fond aérien rassurant et léger (ciel et nuages) devient lourd, oppressant et inquiétant. De direct et extérieur il est maintenant intérieur et sous-entend qu'un mystère, maintenant dévoilé, se dissimulait derrière une lourde tenture sombre. Le bras droit du personnage est résolument ‘orienté’ vers le bas. De sa main ouverte, il invite à « voir »...
Une colonne noire pour un martyr
Une colonne « noire » torse s'arrête à hauteur de la main droite du Saint, ainsi qu'à la hauteur où la « blanche » change de section. Cette colonne sombre, supportant un livre fermé énigmatique, est ornée sur son chapiteau d'une « guirlande » encadrant une tête de bélier.
Comme nous y invite la main descendante, nous contemplons le bas du tableau. Au sol se retrouve, curieusement, un espace de clarté diffuse. Cette dernière éclaire une scène insolite... peut-être l'accomplissement du mystère des lieux ? Au pied de la colonne, le corps d'un homme gît. Ses deux mains coupées et sa tête sectionnée reposent à peu de distance du tronc décapité. Notons que le sujet est vêtu d'une tunique ou cuirasse de style romain. Derrière le corps mutilé surgit un aigle dont les ailes sont à moitié déployées.
Le sol, enfin, de dalles carrées, suit une perspective cavalière et convergente de part et d'autre du personnage. Cette vue fuyante du dallage s'organise vers l'axe du tableau, matérialisé par St Sabin... vers qui tout semble aller et dont tout pourrait venir en ce qui concerne le royaume du sol... ou, pourquoi pas, d’un sous-sol ? En effet, si l'on prolonge les perspectives du « plancher », elles commencent, ou s'achèvent, focalisées, à l'emplacement du plexus... solaire de St Sabin.
Trois croix pour St Sabin
Terminons notre description par les seuls ornements du tableau frappés d'une croix: la petite patte retenant les deux pans du manteau, la mitre, et enfin la chaussure violette du saint. Peut-être, à ce niveau de réflexion, nous laisse-t-on quelque peu supposer une forme trinitaire de la croix et du principe de « ce qui est en haut est comme en bas »... A moins que ce rappel, en trois croix ornant St Sabin, ne se soit adressé à ces trois étapes symboliques et ‘montantes’ de ce site exceptionnel ? C'est, à notre connaissance, une rare, pour ne pas dire unique, représentation picturale d'un évêque avec une chaussure marquée d'une croix...
SYMBOLISME DU TABLEAU
Trois couleurs pour une vêture
L'aspect esthétique, discutable, du tableau est laissé à l'appréciation de chacun. Son symbolisme, en échange, est difficilement contournable...
Le personnage est l'axe principal et distributeur de l'ensemble des symboles du tableau. S'il en est le point focal, il en est aussi le seul pôle générateur...
Nous ne ferons pas état de la « personnalité » particulière de St Sabin ? Nous y reviendrons plus en détails prochainement... En échange, nous remarquons qu'il est vêtu d'un manteau rouge à l'extérieur: couleur considérée de feu et de sang, donc de vie. Elle est la première de toutes.
Le manteau est vert à l'intérieur: couleur complémentaire de la première. C'est la teinte humaine, de l'espérance, de la venue de la vie... du printemps.
Ici, le rouge et le vert enveloppent judicieusement le blanc de 1' « aube de St Sabin ». S’agit-il du moment où le soleil se lève… ou du vêtement religieux, astucieusement tous deux placés dans une forme de synonymes vocaux ? Le jeu de mot était incontournable et méritait d'être ici à sa place. Blanc du retour, de la « non couleur » contenant pourtant toutes les autres. D'après M. Eliade « dans les rites d'initiation, le blanc est la couleur de la première phase, celle de la lutte contre la mort... » Elle est le symbole du baptême des croyants, rite initiatique qui se nommait... l'illumination! Rappelons que Rouge et Vert étaient les couleurs dont les pèlerins ornaient leur bâton pour « aller à St Sabin »… et que l’alchémille, ou ‘herbe alchimique de St Sabin’ est d’un blanc argenté sous ses feuille.
Le tableau est de part et d'autre limité par une colonne. Une noire, courte, à gauche. Une blanche, infinie, à droite. La colonne est le support garantissant la solidité de l'édifice. Elles sont aussi de chaque côté de l'entrée du « temple » dans certaines sociétés... Elles représentent le masculin et le féminin, le soleil et la lune. Elles ont parfois pour nom ‘J’ et ‘B’, mais dans ce cas elles font face au Delta de la vie...
Les colonnes du passage
Les colonnes indiquent les limites du passage d'un monde à un autre. Elles sont l'ultime limite protectrice à ne pas dépasser, au-delà de laquelle l'homme ne doit pas s'aventurer... Dieu n'y exerçant plus ses pouvoirs!
La colonne de droite, claire et infinie par le haut, est sur une base qui semblerait carrée avec une fausse ligne fuyante. Le Carré est le symbole de la Terre par opposition au ciel. Il est l'univers créé en opposition à l'incréé et au Créateur. Cette figure ancrée sur quatre côtés est l'anti-dynamique et représente l'arrêt, l'instant prélevé. Le carré est l'idée de stabilisation dans une perfection telle celle de la Jérusalem Céleste. Sa conséquence immédiate est le mouvement aisé et circulaire, arrondi. Faut-il voir ici l’idée de circumambulation sacrée ?... Cette forme arrondie est la suite de la colonne qui se poursuit vers le haut maintenant par une section cylindrique. Le cercle est le temps, le parfait, l'immuable, l'inaltérable... sans début ni fin, le Tout! Ce cercle et le carré se combinent en une idée de changement d'ordre et de niveau. Les deux figures sont l'image dynamique d'une dialectique entre le céleste transcendant auquel l'humanité aspire logiquement et le terrestre où elle se situe dans son présent... où elle s'appréhende comme sujet d'un passage à réaliser grâce au symbolisme des signes et des marques lisibles ou invisibles.
La canne du Saint, ici, suit la même directive et ne fait qu'en souligner l'ascension du bas vers le haut, du gris au bleu céleste, du carré au cercle. Mais encore, elle est le passage de la droite à la spirale éternelle de la crosse d'évêque de St Sabin... véritable et ultime jeu de l'oie, qui n'est plus à voir mais à entendre dans une Tradition qui puise sa valeur dans le Souffle, le Verbe... l'oral. D'ailleurs, à l'origine, sur le site, il n'y avait pas de chapelle mais seulement un... Oratoire!
La colonne de gauche est décorée, courte, sombre et supporte un livre. La colonne courte symbolise l'enracinement, et donne la vie à l'édifice qu'elle soutient ainsi qu'à tout ce qu'il signifie. Dans les traditions celtes, elle est le pilier de vie ésotérique invisible et présent. Il est à noter que, si elle est tronquée, elle est toujours la représentation d'un alphabet abstrait de vingt lettres, dit de « la déesse blanche », ayant existé 400 avant JC. Ce dernier alphabet se rapportait au périple céleste d'Héraclès (Hercule), à sa mort sur le mont Oeta et à ses pouvoirs. Ces lettres se rattachaient enfin au meurtre sacrificiel de Cronos... Et cette colonne effectivement supporte le livre fermé représentant ce qui est fini et fait.
Un livre fermé
Le livre est symbole de la science et de la sagesse, mais, au degré supérieur, il représente aussi l'univers. Il est certain que dans tous les cas le livre représente le divin secret qui n'est « ouvert » qu'à l'initié… Ce sera alors le livre de la révélation, donc de la manifestation. S'il est fermé, il signifie la matière vierge, il conserve son secret, n'attendant que le postulant pour s'ouvrir et laisser s'écouler lettres et signes... La colonne sombre est ornée d'une guirlande soutenue par une tête de bélier.
- Le Bélier symbolise la force, il est l'emblème d'Hermès, de la montée du soleil, du passage du froid au chaud, de l'ombre à la lumière et de la queste de la toison d'or. Il ouvre le zodiaque à l'équinoxe de printemps dont il symbolise la poussée puissante dans tout ce qui est positif et lié à la nature.
Le martyr de St Sabin
Au pied de cette colonne se trouve le martyr de St Sabin ou Savin: mains coupées puis, plus tard, décollement de la tête. Le tableau est le résumé, la liaison extrême et rare du saint « entier », intégral, défiant l'espace et le temps séparés pour souligner les passages initiatiques primordiaux, les étapes du cheminement, puis le personnage, qui est à la fois début et fin de ce qu'il représente... Il est, simultanément, acteur et spectateur habilement illustré équilibrant, avec harmonie, l'ensemble des éléments du tableau qui le résume et le compose en un puzzle parfait et complet.
L’aigle de St Sabin ?
Sur la scène du martyre apparaît un élément qui n'a aucune place dans l'hagiographie de St Sabin... Sauf peut-être au niveau de la guérison de la vue : l'aigle! L'aigle est céleste et solaire. Posé sur l'arbre cosmique, il veille comme un remède sur tous les maux que sont les branches. Il est la cure magique et l'état extatique. L'aigle représente souvent l'initiateur accompagnant le postulant dans son parcours initiatique, car il est le seul volatile capable de voler d'un monde à l'autre sans en souffrir. Cet oiseau révèle un pouvoir rajeunissant, de régénération par absorption, qui pourrait fort bien correspondre au symbolisme du rituel revitalisant de « l'aller à St Sabin »... Mais aussi, l’aigle surmontant le supplice de St Sabin signale peut-être que l’endroit, pour certains solstices rassemblant des conditions météorologiques très particulières, offrait un spectacle magique exceptionnel : la montée des trois soleils ! L’aigle n’est-il pas l’oiseau dont la légende dit qu’il est le seul à pouvoir fixer l’astre roi? Ici, le roi des oiseaux est confronté à trois formes de Saint Sabin, trois croix et trois soleils autrefois. La vue perçante aurait-elle aussi pour finalité de nous aider à ‘percer’ le mystère passé de ces lieux sacrés ?
Nous aurons, au moment d’entrer ce texte sur notre site, une pensée pour la fête du lundi de Pentecôte, particulièrement célébrée à St Sabin. Les deux autres fêtes se déroulent en l’honneur de St Roch et pour le solstice de la St Jean d’été… moment où parfois avait lieu le miracle visuel des trois soleils. Aujourd’hui la pollution empêche souvent le phénomène optique qui sacralisait le site.
André Douzet

Saint Sabin

Lieu de refuge et de prière
Pélerinage à St Sabin
En ces époques troubles, que Jean Combe nommait avec juste raison "les temps perdus", les populations vivant sur les hauteurs du Pilat avaient besoin d'un certain nombre de sites protégés leur servant de refuge, et en même temps, pour certains d'entre eux, de lieux de culte. Saint-Sabin était un de ceux-ci...
L'enceinte principale
Cependant, voyons sur quels critères il est possible de définir un site comme lieu de refuge?
Il s’agit le plus souvent d’une position élevée, d’où il est aisé de voir approcher l’ennemi de très loin, et ensuite d’un lieu permettant de le dominer facilement depuis les avantages géologiques de l’endroit.
En second lieu, le choix se porte sur un site facilement isolable de l’extérieur par un système de murailles venant renforcer les défenses naturelles.
Enfin, il reste un impératif vital, en cas de siège prolongé : des citernes naturelles ou mieux encore : un point d'eau...
Le sommet de la montagne de Saint-Sabin remplit parfaitement toutes ces conditions. Côté est, une très forte déclivité constitue la meilleure défense. Le point de vue incomparable, à 360°, permet de voir venir un éventuel envahisseur de fort loin, et l'à-pic, au levant, est nettement en faveur des défenseurs. Côté ouest, par contre, là où la pente est beaucoup plus douce, il était nécessaire de fortifier solidement le site. C’est ce qui fut fait par le biais d'une muraille en pierres sèches, large de deux à trois mètres, haute de plus d’un mètre en moyenne, jusqu’à deux par endroit. Cette muraille prend assise soit sur le rocher affleurant, soit sur le ‘chirat’ (empierrement naturel). Deux entrées furent aménagées, une pour chaque pointe de l'espace, délimité d'un côté par la muraille, de l'autre par le rebord de la falaise.
L'ensemble de cette enceinte, nommée ‘hiéron’ par certains auteurs (du grec hieros : sacré), dessine une ellipse de deux cent cinquante mètres de long sur cent mètres de large.
Vue de la muraille d'enceinte... avec notre guide Raymond Grau
Nous conseillons aux visiteurs, désireux de bien apprendre ce site, d'emprunter non pas le chemin traditionnel et fléché, mais le sentier qui part en oblique, sur la droite, au niveau du parking/aire de pique-nique, entre la route et le chemin classique. Au bout de huit cents mètres de marche facile, tourner à gauche et prendre le chemin qui monte en pente douce. On franchit alors une première défense sous la forme d’une barrière de roches qui dut servir d'avant poste, puis on arrive en vue de la ‘porte’ sud de l'enceinte. A l'intérieur de la muraille, deux cases ou fonds de cabanes orientées l'une vers l'extérieur, l'autre vers l'intérieur, font penser à des postes de guet contrôlant entrée et sortie... Le sentier, traversant ensuite tout le site de Saint-Sabin, redescend vers la ‘porte’ nord, constituée en fait d'une sorte de chicane, pour rejoindre le parking.
L'enceinte de murailles est toujours bien visible aujourd'hui, malgré les buissons abondants qui l'ont en partie colonisée, et relativement conservée, selon les endroits. Il serait tout de même souhaitable de procéder à un débroussaillage et à une remise en état au moins partielle… ce qui sans doute ne se fera jamais !
Les défenses secondaires
A elle seule, l'enceinte de Saint Sabin paraît insuffisante pour arrêter une armée déterminée et bien équipée (quoique ce terme doive être relativisé en fonction de l'époque!). Une muraille de trois mètres de large par seulement un à deux mètres de haut peut à la rigueur stopper une cavalerie, mais une troupe de fantassins décidés réussirait toujours à la franchir... A condition toutefois d'arriver jusque là… car on peut supposer que les constructeurs de l'enceinte complétèrent la protection du site par un système de postes de guet et de murailles secondaires, dont on retrouve effectivement la trace au milieu des bois.
En observant une carte d’Etat-Major, on se rend compte que la seule possibilité pour un envahisseur était de remonter la vallée du Ternay et d'aborder Saint-Sabin par l'ouest, puisque les autres côtés étaient protégés par des déclivités défavorables. Dans l'axe de cette vallée, on trouve le Crêt de Peillouté. A son sommet, on distinguait encore il y a une vingtaine d'années, avant l'envahissement par la végétation, les traces d'une enceinte ovale d'une vingtaine de mètres de long, trop petite donc pour servir de refuge, mais idéale comme poste d'observation. On peut donc imaginer une communication optique (feux, fumées et signaux) entre Peillouté et Saint-Sabin... De plus, toute la pente ouest de Saint-Sabin présente encore par endroit des murailles pouvant servir à barrer, ou au moins ralentir considérablement, l'accès à la montagne. L'une d'elles possède une sorte de case ou de ‘guérite’, aménagée à l'intérieur même du mur, selon le principe de la voûte à encorbellement. Elle est parfaitement intacte. Cependant, nous ne donnerons pas son emplacement exact pour des raisons faciles à comprendre, du fait de certains ‘bâtisseurs’ indélicats n'hésitant pas à piller ces belles pierres taillées. On ne peut que regretter que le Parc Naturel Régional du Pilat ne se soit jamais penché sur le sort de ces ‘cases’, et autres ‘chibottes’, qui, ayant résisté aux assauts du temps, sont parvenues intactes jusqu'à nos jours… pour tomber sous la pioche des pillards - démolisseurs au cours des dernières décennies.
L'ensemble de ces défenses devait donc permettre, premièrement de considérablement diminuer l'ardeur combative d’un ennemi, et deuxièmement faciliter la destination principale du site, qui était avant tout un lieu de culte et de prière.
Les mégalithes
Le sanctuaire de Saint-Sabin se compose de deux structures d'époques et de cultures complètement différentes. D'une part la chapelle, et d'autre part, à quelques mètres de là, quelques mégalithes. Le site mégalithique du plateau se subdivise en trois éléments essentiels: l'autel, le tumulus et un petit menhir.
L'autel
C'est une roche brute, haute et large d’un mètre trente environ. Elle n'a pas pour autant la forme cubique que de nombreux auteurs lui accordent, reprenant sans même vérifier la mention "grande pierre cubique destinée aux sacrifices", que lui avait donnée Louis DUGAS en 1927. Le dessus de cette roche est incurvé. Ce large creux, probablement d'origine naturelle, se remplit d'eau les jours de pluie. Au centre se trouve une cupule triangulaire de trente centimètres de long, malheureusement largement dégradée depuis une vingtaine d’années (nous avons des clichés de lorsqu’elle était complète). Cette dégradation est d’autant plus regrettable que les cupules triangulaires sont excessivement rares (on en rencontre dans le Pilat seulement dans un seul autre endroit, le Chirat-Rochat… du moins à notre connaissance) alors que les cupules rondes ou ovales sont monnaie courante.
L'autel servit-il aux sacrifices? On peut tenter de répondre à cette question en en posant une autre: l'Eglise aurait-elle annexé un tel culte à son avantage?... Certainement pas! Il est plus vraisemblable de penser qu'un tel autel pouvait être utilisé pour opérer des guérisons. Cette remarque est tangible pour la plupart des roches à cupules ou à bassins ; il subsiste de nombreuses traces de ces points de ‘guérisons miraculeuses’ dans les croyances populaires. Le principe était simple: la cupule recueillait l'eau de pluie qui y séjournait un certain temps… en se ‘chargeant’ d'une ‘énergie’ captée et ‘focalisée’ par, et dans, le mégalithe. Trois mots de la phrase précédente sont entre guillemets, car si le principe était simple le mode d'emploi hélas s'est perdu à jamais... Les bénitiers emplis d'eau bénite, à l'entrée des églises, ne sont peut-être que le prolongement incompris de ce principe actif des mégalithes récupérés par la religion...
Le tumulus
A côté de l'autel, on remarque un important amoncellement de pierres tronconiques. Ce tumulus, fouillé en 1930, renfermait des tessons de poterie de l'époque néolithique. Il y a un autre tumulus, mais plus petit, au bord du sentier venant de la porte sud. Ce dernier n’a pas été fouillé.
Le menhir
La petite croix sur le menhir marquant annexion et purification du site...
Au pied du tumulus, de l'autre côté du sentier, une pierre levée haute d’un mètre soixante, est qualifiée de ‘menhir’ par certains auteurs. Il est vrai que cette roche semble avoir été dressée et posée en ce lieu (à moins que ce ne soit une sœur de l’aiguille du Flat ?). Sur le dessus, une petite croix très nette a été gravée, marquant ‘l'annexion et la purification’ du site par l'église. D'autres croix sont visibles aux alentours sur des pierres, dont une sur le rebord du tumulus dans sa partie haute.
Avant d'être annexé par la religion chrétienne, le site de Saint-Sabin devait forcément servir à d'autres croyances et d'autres cultes primitifs… comme le fait si bien remarquer Jean MARKALE, "les sanctuaires se déplacent rarement et les religions nouvelles récupèrent d'anciens emplacements pour y bâtir de nouveaux édifices. Parfois même, il arrive qu'un même édifice serve pour un culte nouveau. On sait, par exemple, que les dolmens et autres mégalithes, érigés entre 4000 et 2000 ans avant notre ère, ont été parfois utilisés par les gens de l'âge du Bronze, entre 2000 et 900 av. J.C., puis par les Celtes, voire les Gallo-Romains". A Saint-Sabin, ce passage se fit apparemment sans heurts, et c'est cette histoire que nous allons tenter de retrouver au long de notre travail...
Le culte
Essai de reconstitution d'une statuaire
Depuis de nombreux siècles, l’ermitage de Saint Sabin est connu sous la forme d'une tradition populaire sacrée et religieuse. A ce jour, l'écrit le plus ancien date de 1421. Il y est fait mention du péage des animaux, exemptés, pour la circonstance religieuse, à l'aller... mais pas au retour !... Le pèlerinage, ou reméage, se déroulait essentiellement pour la Pentecôte. Cependant, seule la messe du lundi de Pentecôte était célébrée par la paroisse de Véranne. Durant plusieurs jours, deux jours avant et trois jours après, les prêtres venus avec leurs paroissiens officiaient dans la chapelle de St Sabin, en respectant l'ordre d'arrivée sur le site. Certains fidèles venaient de très loin et ce voyage pouvait durer plusieurs jours pour ceux qui se déplaçaient, par exemple, depuis les régions du Beaujolais ou de l'Isère !
La dernière étape, avant la montée sur la chapelle, était une halte rituelle à la ferme auberge. Les animaux y trouvaient le repos et les humains s'y restauraient ou se ‘changeaient et toilettaient’...avant d'aller vénérer, dans l'arrière-salle, la statue reliquaire de St Sabin. Une offrande déposée dans le plateau, la statue effleurée à l’emplacement du petit reliquaire qu’elle contient... le silence... une prière, un signe de croix... Et le pèlerinage pouvait maintenant se poursuivre sur le site de la chapelle.
Les participants montaient dispersés, en groupe ou en paroisse constituée, leur prêtre en tête, avec, parfois, une ou plusieurs bannières de procession.
Jusqu'au 19ème siècle, selon la coutume, les bœufs montaient dételés et sans leurs jougs, certaines bêtes ‘de tête’ étaient conduites jusqu'à la source sur le site de la chapelle.
Arrivé sur le plateau, chacun cueillait, avant de le tremper dans la fontaine, un petit bouquet d'une plante appelée ‘herbe du saint’, en vérité ‘l’alchémille des Alpes’ (nous y reviendrons plus tard). Puis les pèlerins se réunissaient dans la chapelle pour y suivre l'office de Pentecôte. La messe terminée, les participants frottaient le bouquet sur les pieds de la statue de St Sabin et se rassemblaient à l'extérieur, devant la chapelle. Le prêtre bénissait l'assemblée des humains et animaux. Une bénédiction et une attention particulière aux bouquets ‘d'herbe’ leur conféraient ainsi un pouvoir de protection aux végétaux durant toute une année.
Le culte à St Sabin n'est vraiment cerné, comme manifestation religieuse, que depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il semble évident de croire qu'à ses origines très lointaines, comme tous les cultes canalisés par l'église, le rite de St Sabin soit riche de fortes résurgences païennes indiscutablement festives. Ces dernières dominaient alors très largement la dévotion chrétienne. Avec le temps, il y eut une radicale mainmise religieuse, au plein sens du terme. L'église amalgamant l'action thérapeutique du rituel à celui de la religion s'est superposée avantageusement sur l'ensemble du rite et du reméage... Cette superposition coupait irrémédiablement le champ émotionnel et bénéfique des fonctions agraires où il puisait, à l'origine, ses raisons d'être et ses obscures mais profondes significations...
La statuaire et ses cultes
Heureusement, la chapelle de Saint Sabin a conservé les statues de ses patron et patronne. Il s’agit d’œuvres anciennes et naïves qui ont gardé toute leur expression. Curieusement, cependant, trois statues essentiellement axées sur ce ‘patron’ composent la statuaire du culte à St Sabin.
Dans la chapelle
Deux statues de bois, enduites de plâtre et peintes en polychromie, se trouvent posées chacune dans une niche, de part et d'autre du maître-autel.
L'une, dans la niche de gauche, représente St Sabin sous les traits d'un homme barbu coiffé de la mitre, sa main gauche posée sur sa poitrine à hauteur du plexus. La main droite détachée du corps, tendue en avant, tient aujourd'hui un bâton. Nous reviendrons sur ce détail plus loin. Le manteau est de couleur rouge, bordé d'or et fermé au col. La mitre est rouge avec une croix d'or en son centre. Une tradition locale précise qu'autrefois cette statue montrait un personnage sans mitre, avec un manteau blanc, muni d'un bâton...
Essai de reconstitution d'une autre représentation statuaire
La mitre de ce personnage pourrait faire penser qu’il s’agit là d’un évêque. En ce cas, il devrait tenir une crosse dans sa main et non un bâton. Cependant, la statue, selon les plus anciens récits (1720) à notre disposition, a toujours tenu un bois sans décoration ni enroulement à son extrémité. Sans sa coiffure, le sujet représenterait un… berger. Une incohérence ? Pour répondre, nous signalons qu’à une époque, non précisée, la statue aurait été ‘alignée’ sur l'image du St évêque martyr: rajout d'une mitre (on peut constater que le couvre chef est sculpté ‘à part’, et fixé avec des clous) et le manteau peint en rouge bordé d'or... Si cette couleur et sa bordure étaient des rajouts, il pouvait fort bien, à l’origine, s’agir d’une simple cape de berger ! Cette tradition locale parle de l'image d'un berger ou d'un... druide! Il faut admettre que la ressemblance est raisonnable dans ces conditions, sans toutefois être une affirmation indiscutable...
L'autre statue, dans la niche de droite, représente soit la vierge, soit Ste Sabine. Il ne semble pas que nous puissions hésiter entre les deux solutions, car cette représentation ne comprend aucun détail susceptible de concrétiser la Vierge Marie. Cette statue a les cheveux longs et tombants, encadrant un visage ‘bien rempli’. Les mains sont dans la même posture que celles de St Sabin. La main droite tient une palme indiquant qu’elle illustre le martyre. Le manteau est de couleur dorée, et les pans remontent vers la main gauche, sur une robe de teinte vert sombre. La jambe gauche se devine sous la robe hors du manteau. Ces statues de facture ancienne sont toutefois d'un style simple et rustique.
Vers 1989, elles subirent une remise en état... Et ce travail mérite toute notre attention. En effet, on est en droit de se demander, à ce propos, si ce sont de véritables professionnels de la restauration… comme doctement prétendu à qui veut l’entendre… qui ont réalisé ce travail peu sérieux ou pour le moins surprenant... Peu sérieux, non dans la qualité qui est incontestable, mais dans la réalité et la mémorisation symbolique que ces deux statues représentaient.
En effet, St Sabin était autrefois porteur de la palme, en référence à son martyre. Il est aujourd'hui représenté avec un simple ‘bâton’ et toujours coiffé de sa mitre ajoutée. Il n’est toujours pas muni de sa crosse d'évêque...Même si on essaie d’imaginer qu’il s’agit de l'instrument du bouvier, le symbole hagiographique n'est pas du tout le même que celui d’une crosse !...
Quant à St Sabine, qui autrefois tenait un bâton, elle hérite ainsi de la palme de St Sabin. La couleur de sa robe, rouge à l'origine, est devenue verte après sa radicale rénovation... ou transformation, devrions-nous dire !
Rien n'a été respecté, ni les couleurs qui la plupart du temps ont une valeur symbolique strictement réglementée dans le domaine des statues religieuses... ni les objets qui concrétisent l'état et la qualité de martyre ou leur degré dans la hiérarchie religieuse...
-Dans la ferme auberge
La troisième statue, se trouvant dans l'habitation privée de l'ancienne auberge… est matériellement clouée au plateau d’un buffet ancien !!! Elle est donc d'accès difficile, en tous cas toujours lié aux consentement et humeur des propriétaires.
Plus petite que les deux précédentes, cette statue est en bois non enduit mais colorié à une époque lointaine. Le style en est totalement différent : plus fine, plus élancée, elle se présente dans une sorte de mouvement harmonieux et attirant. La tradition considère cette sculpture comme le travail d'un enfant du pays évalué du XVIe siècle. Sa représentation est très proche de la légende du martyre de St Sabin. Le personnage est revêtu d'une chasuble sur laquelle se distinguent encore des restes de polychromie rouge bordée d'or. Les deux mains et les avant-bras sont absents. Sur le devant et au bas de la chasuble, une petite vitre protège et laisse deviner un dépôt reliquaire contenant quelques parcelles d'ossements du Saint.
Culte et rituel aux statues de St Sabin
- Durant le rituel, à la chapelle, seule la statue de St Sabin évêque est vénérée et intégrée au culte: effleurement des pieds avec le bouquet d'alchémilles, puis bénédiction... Soulignons que le saint, ici, est représenté avant son martyre et possède ses deux mains. On pourrait dire, avec respect, qu'il est... entier. La teinte d’un rouge vif, accompagnée de blanc, voue logiquement ce St Sabin à un culte d'aspect visible et ostensible... destiné à un déroulement statique, fixé dans la chapelle. La statue ne fut jamais utilisée pour un rite processionnaire ou déambulatoire.
- La statue reliquaire de la ferme auberge était, autrefois, l'objet de l'essentielle vénération à St Sabin. Tout d'abord parce qu'elle est montrée les deux mains sectionnées, soulignant ainsi que le martyre est consommé, et la puissance d'intervention acquise… d'où son efficacité miraculeuse incontestable.
Cette statue présidait et participait aux processions nécessitant l'intervention du saint. Notons qu'ici les demandes d'intercessions, d'un registre plus étendu, dépassaient largement la seule protection des animaux et bâtiments...
Sa situation plus discrète, obligeant l'accès d’une intimidante habitation privée, déterminait une volonté et une démarche individuelle à la limite du confidentiel, de l'intime. Aujourd'hui, la majorité des pèlerins et visiteurs en ignorent quasiment l'existence. Le rituel de contact qui lui est encore attaché est pratiquement devenu du domaine initiatique et quasiment secret...
Il y a entre ces deux représentations essentielles du même Saint, des ‘éclairages’ divergents dans leurs utilisations et leurs formes :
- L'une, ‘en haut’, grande, ostensiblement présente à chaque visite dans le sanctuaire religieux. Bien visible, elle est destinée au rite collectif de la chapelle pour le grand public.
- L'autre, ‘en bas’, petite, ‘martyrisée’, reste discrète dans une intrigante pénombre. Quasiment secrète, et plus intime, elle reste confinée à un acte solitaire soumis à une ‘demande d’accès’… à la limite de la superstition (miraculeuse !), qui se raréfie de plus en plus.
Nous découvrons, dans ces aspects annexes, une des facettes ‘profondes’ du culte voué à St Sabin: unique et double à la fois. Deux statues pour un même rituel, mais ce dernier, unique, débouche sur deux pratiques différentes.
Si le rituel reste identique, dans les deux cas de figure, il se déroule dans deux sphères radicalement opposées.
- La première est sacrée et publique: la chapelle appelant le collectif dans un acte de dévotion reconnu, et connu au grand jour, de tous les participants, on pourrait dire: démythifiée, christianisée, concrète, ‘officielle’ puisque faisant référence à un St Sabin de Rome... mais cependant accessible, une seule fois l’an, aux humains et aux animaux, avec l’auxiliaire de l’eau et du monde végétal !
- La seconde sera mythique, superstitieuse, légendaire ou tellement humaine (mutilation, souffrance, martyre)… Elle fait appel à l'individuel, au secret, à l’ombre mystérieuse d’une incertaine demande d’accès… à une action et une impulsion solitaire... Son déroulement se fait, n’importe quand, dans le besoin et l’urgence, par un toucher du doigt sur le reliquaire, sans présence spécifiquement religieuse ni autre appui, et seulement à l’usage des humains…
En réalité, les deux pratiques ne sont similaires que sur le rituel de contact avec les statues (herbe pour l’une et doigt relique pour l’autre), mais elles divergent résolument sur les processus de référence, ainsi que sur les manifestations publiques. Remarquons qu'à l'origine du culte, il n'y avait que l'ancienne statue reliquaire, mutilée, vouée à la dévotion, puis avec l'apparition des deux autres statues, il y eut glissement et décadence très lente du pèlerinage au jour des grandes pompes. Peut-être ce ‘dérapage’ était-il intuitivement souhaité et utile afin de préserver dans l'ombre secrète d'un lieu privé, difficile d'accès mais tellement humain et populaire: une cuisine de ferme, le véritable aspect rituel... ancestral du vieux ‘pagel’ ou rebouteux (sur lequel nous reviendrons plus tard). Cet aspect profond, superstitieux, mythique, mystique, magique, inquiétant aussi, reste aliéné solidement aux pulsions archaïques du domaine des phantasmes de l'humanité... sans plus aucune référence sociale à présent.
‘Aller à St Sabin’ voir les statues du St personnage, n'est-ce pas un peu chercher au fond de ces miroirs à trois dimensions, mais sans profondeur réelle, à apercevoir, à deviner notre propre image enfin purifiée de tous blocages? La queste de cette dimension inaccessible, et tellement merveilleusement humaine, passe t'elle vraiment par une porte aussi étroite?...
André Douzet