‘Nihil Obstat’ et ‘imprimatur’ pour le passé
Nous poursuivons la présentation de différents documents anciens écrits par des auteurs locaux à propos des régions du Pilat ou de ce dernier lui-même.Cette fois, notre choix se porte sur un fascicule publié en 1912 aux imprimeries BRUYERE FRERES à Rive-de-Gier. Il a pour titre ‘BEATRIX Dame de Châteauneuf’. Un tel ouvrage, ou du moins une fraction seulement, ne pouvait que trouver sa place sur cette colonne. Certes, on peut y trouver une connotation quelque peu religieuse, accentuée encore par la formule ‘Nihil Obstat’ du chanoine Aubonnet, Supérieur de l’Ecole de Théologie de Francheville… ainsi que l’Imprimatur en date du 22 août 1911 de Mgr Louis Jean, évêque d’Hiérapolis.
Ouvrage nostalgique dont la portée historique est en fait un résumé qui peut suffire largement pour une recherche sommaire. Une cinquantaine de pages de 16X25 cm se répartit en 5 petits chapitres : Béatrix et sa grande œuvre - L’œuvre de Béatrix sous les coups de la Révolution - Une consécration des souvenirs - Réflexions d’un promeneur, et enfin : Notes sur le patois de Châteauneuf. L’introduction de l’ouvrage est signée Eugène Chipier, personnage bien connu à Rive-de-Gier, dont le nom fut donné à la première place de cette ville. Cependant, ce livre n’étant pas signé, rien ne prouve que ce soit E. Chipier qui en soit l’auteur. Notons que le chapitre final sur l’ancestral parler de ce secteur mériterait l’attention de ceux, celles, souhaitant conserver, ou pratiquer, cette langue qui fut celle des anciens du pays. Nous ne confondrons pas ce bref lexique local avec le ‘vocabulaire de Rive-de-Gier’ qui fait l’objet d’un volume entier.
Bref descriptif historique et topographique
On trouvera une description du château rejoignant les indications d’A. Vacher vues précédemment… Il en sera ainsi des possessions dont cette place était partie intégrante ou seigneurie principale selon les âges. Une brève analyse du nom de Rive-de-Gier et de ses premiers aménagements nous montre l’importance stratégique de ces deux structures, autrefois indépendantes mais difficilement dissociables. Nous verrons plus tard que sur bien des points les confins de Rive-de-Gier et de Châteauneuf firent bon ménage en des circonstances notoires. Ces dernières se montrent utiles, par exemple, pour l’histoire, le passé et les vestiges de la chapelle de la Madeleine. Ce sanctuaire oublié est aujourd’hui enfoui vers l’échangeur de l’autoroute au pied du castel. Sous peu, nous exhumerons ce précieux vestige, sombré dans l’oubli, qui nous intéressera particulièrement avec l’ouverture d’un dossier que nous appellerons ‘A l’hasard de l’affaire Lazare’ et dont peu de ténors font mention avec précision. Notons, avec surprise et amusement, que chaque fois que certains auteurs ne peuvent disposer, malgré de pitoyables efforts, de nos éléments… ces derniers sont régulièrement taxés de douteux, voire ‘canulardesques’ ou inexistants ! On ne peut qu’applaudir à cet art difficile dont l’exercice permet de contourner l’obstacle en évitant le constat d’impuissance.Sur les pas de Béatrix
Cet extrait nostalgique et sans prétention, ici présenté, s’attache non seulement au passé détaillé du site mais aussi à ses personnages, sans doute les plus remarqués, Guillaume de Roussillon et son épouse Béatrix, fille de la Tour du Pin. Ces deux personnages nous feront rebondir sur les zones d’ombre formant la fondation du monastère chartreux et d’autres événements, souvent déformés, s’étant déroulés en ces contrées énigmatiques. Les citations de l’ouvrage vont nous permettre de prendre la balle au bond et de nous approcher plus près de cette dame de Roussillon, des ‘maisons’ autour du château -l’arsenal par exemple- et de la suivre pas à pas jusqu’à ce lieu occupé depuis fort longtemps (et nous avons été les premiers à en faire mention, sous la huée générale !) qui deviendra une forteresse de l’Esprit et d’un savoir particulier dont elle sera le sanctuaire. Pour ces raisons, nous souhaitions présenter cet extrait qui, sous coloration de vulgarisation populaire, donne une bonne approche du passé de Châteauneuf… que nous parcourons sans plus attendre. - - - - - - - - - - -
Pour la plupart, l'amour de la patrie consiste pratiquement à s'intéresser à cette parcelle du sol national, de laquelle chacun dit : Mon pays, mon clocher. Or, un des moyens d'entretenir ce beau sentiment, n'est-ce pas le souvenir historique et local ?Longtemps, ce souvenir fut négligé. Le XVIIIe siècle faisait surtout de l'histoire romaine et grecque (Rollin : traité des Etudes). Survint la Révolution, faisant flamber des monceaux de documents ; car pour elle, plus haut que 1789, rien qui mérite attention. Dans ce vide, que savait-on sur l'histoire locale ? Peu de choses, parfois des légendes ridicules. Ainsi à Châteauneuf, à la vue de ces débris, nous disions : construction de Sarrasins. Nous contions qu'une fois il y avait là une dame méchante, cruelle. En 1844, un homme, dont le style respire l'attachement à son pays publiait : ‘Recherches historiques sur la ville de Rive-de-Gier’. On y lit sur cette châtelaine : ‘dame que la tradition accuse de crimes monstrueux’ (1). Monstrueux, oui, car on la disait gourmande de la chair d'enfant. D'où un conte pareil ? Sans doute de ce que les mamans disaient à leurs petits désobéissants: « La dame va te prendre. Gare, la dame va te manger ! »
Quoique révolutionnaire, notre époque a ceci de sage qu'elle s'est mise à rechercher les souvenirs, même ceux d'intérêt local. Ainsi, au chef-lieu, à Montbrison, nous avons la société dite ‘La Diana’, abrégé de Décanat, l'ancien doyenné étant le lieu de ses réunions. De même que l'Etat dépensa des sommes à seule fin de dégager, en telle cathédrale, de magnifiques appareils, masqués de plâtre au XVIIIe siècle, de même les chercheurs dépensèrent beaucoup de patience, afin de dégager, déplâtrer des figures historiques de l'histoire locale. Un exemple de ces personnages rendus à la vérité, c'est la dame de Châteauneuf, Béatrix. Elle apparut digne de tout respect. Il semblait que, en rattachant à cette figure certains détails d'histoire locale, on formerait un tableau intéressant, surtout pour la vallée du Gier. Ce tableau, on a essayé ici de l'esquisser avec le désir de renseigner telles personnes qui n'ont le loisir ni de chercher ni de beaucoup lire, de qui cependant il est vrai de dire : QUI AIME SON PAYS EN AIME TOUS LES BEAUX SOUVENIRS.
Béatrix et sa grande œuvre
Au sortir de Rive-de-Gier, par la route de Lyon, au point où se joint à elle la route de Givors, on aperçoit sur l'autre bord du Gier une cime portant une chapelle. A côté et au-dessus, une haute statue, la Sainte Vierge aux bras ouverts, imitation de celle qui couronne l'ancien clocher de Fourvière. Ici la statue domine une croupe découpée presque en triangle, sur la ligne boisée qui forme à la vallée comme une muraille verdoyante, le long de cette prairie des Etaings, animée par l'usine Marrel, qui occupe toute une population. Cette croupe présente comme une série d'étages, vagues traces d'habitations disparues. La cime et le côté oriental sont parsemés de ruines embroussaillées. Un pan de muraille, d'une épaisseur d'un mètre et demi, se dresse comme un clocher et reste debout, bravant les tempêtes. On dirait un géant persistant là, pour protester contre les ravages du temps.Singularité des noms, ces vieux débris s'appellent Châteauneuf. En effet, là fut un château ou, comme on disait, un chastel. Bâti ou rebâti, comment fut-il appelé Neuf ? Sans doute par comparaison avec les forteresses qui avaient commencé de hérisser nos cimes dès le démembrement de l'Empire au traité de Verdun 843 et déjà en pleine invasion des Normands: de là sortit la Féodalité. C'était une organisation, où un moins fort faisait hommage à un plus fort, c'est-à-dire se déclarait son homme, pour leur défense mutuelle. Les plus forts, s'associant, devinrent les seigneurs. Autour de leurs châteaux, les populations se groupèrent afin de vivre à l'abri des envahisseurs et des bandits. Les abus ne sont ni la chose ni l'idée. Dans son idée, qu'était la Féodalité ? Une vaste société de secours mutuels.
A quelle époque Châteauneuf fut-il bâti ? Apparemment vers l'an MCC ; car la plus ancienne mention paraît dans un traité de 1220 (1). Quel en était l'aspect ? On s'en fait une idée par le dessin tracé en 1789 par Jean-Jacques de Boissieu, célèbre graveur natif de Lyon mais appartenant à la vallée du Gier par des attaches familiale et territoriale avec la région de Saint-Jean-Toulas. Ce château apparaît, face au levant, avec une terrasse avancée sur un mur formant arcade. La demeure seigneuriale est sur le plan d'un carré long. La façade, percée de deux croisées ou fenêtres partagées en croix, est couronnée de créneaux. Elle présente aux deux extrémités deux tours carrées. Celle du midi est sans croisée et sans créneau. Lui est accolée une tour ronde et de celle-ci part vers le midi un mur crénelé. La tour carrée du nord est percée de quatre croisées superposées deux à deux et indiquant deux étages, dont l'un, l'inférieur, est au niveau des deux croisées de la façade. Cette tour est crénelée. Lui est accolée une tour ronde et crénelée, montant jusqu'à moitié de la hauteur de la tour carrée. Derrière celle-ci, et orientée entre le levant et le midi, apparaît la chapelle avec le clocher actuel mais terminé en flèche timide. Aujourd'hui, on ne voit plus que la chapelle et le pan de mur qui brave les tempêtes. Ce que le dessin ne pouvait pas reproduire, c'est le donjon alors détruit. Il se dressait jadis derrière la tour carrée, le long de la chapelle et sur le rocher. Il reste de cette tour la racine, justement ce qui forme piédestal à la statue. D'après un plan terrier aux archives du Rhône, on sait qu'avant la Révolution le cimetière était à la place actuelle.
Par ses murs, Châteauneuf se dressait en vraie forteresse et aussi par son site. Au nord et au levant, le sol descend en pente ardue ; au couchant, un ravin profond et au midi un retranchement creusé de main d'homme. Il fait face au portail, tout récemment posé, du cimetière agrandi.
Châteauneuf était presque à côté d'une autre forteresse, Rive-de-Gier. Vers la fin du Xe siècle, cette localité s'appelait encore : Ambroniacus (A. Bernard : cartulaire de Savigny). Que signifie ce nom ? Peut-être : propriété d'Ambronius : Ambroni-acus. Peut-être aussi ce nom celtique veut dire localité autour de la rivière (amb-ron). Plus tard, avec l'étendue des relations, il fallut préciser. Alors on dut dire : Rivière du Gier, Rive-de-Gier (Vacher : ‘l’ancien pays de Jarez’, p.10). Apparemment, la ville actuelle commença par un pont. Se détachant vers Brignais de la voie romaine de Lyon à la Narbonnaise une voie montait à Taluyers (M.C. Guigue : ‘les voies antiques du Lyonnais’. Voir la carte). Elle passait le Bosançon sur un pont qui sert encore entre St-Maurice et St-Joseph. Il se trouve en aval d'une arche de l'aqueduc qui amenait à Lyon les eaux du Pilat (Puy, Pic, lat, peut-être de ïatus gros, large). Le Bosançon passé, on atteignait le plateau de Montbressieu puis, par le chemin de Montjoint, on descendait sur le Gier. Là et sur le roc se trouvait un resserrement qui facilitait le passage sur la rive droite, large et commode, tandis que la gauche se présentait escarpée et découpée. Là, il avait été facile de faire un pont. Une fois sur la rive droite, on allait par Saint-Chamond, Saint-Etienne et Firminy jusqu'à Saint-Bonnet-le-Château, point de jonction entre la voie romaine de Lyon à Bordeaux par Rodez, celle dont Strabon dit : « voie à travers les monts Cévennes, jusqu'aux Santons et l'Aquitaine »(I.IV). Le pont romain s'élevait à la place de celui d'aujourd'hui, mais sa chaussée plus étroite avait en hauteur un mètre de plus (Chambeyron : ‘recherches historiques sur la ville de Rive-de-Gier’). Il fut démoli sous Charles X. Quant à la route par la Roussilière, elle ne fut commencée qu'en 1702 (Chambeyron, p. 89). Pour défendre le pont romain de Rive-de-Gier, on bâtit un château entre ce pont et le rocher qui porte l'église actuelle. Celle-ci, haut et vaste pavillon, tout en peintures glorifiant l'Eucharistie et Notre-Dame, remplace un monument d'une certaine majesté, avec son abside à colonnettes cannelées et ses ouvertures couronnées de l'arc roman. Ce monument trouvé insuffisant fut démoli en 4818 (Chambeyron, p.141). Encore aujourd'hui, la rue qui longe le chevet de l'église s'appelle rue du Château. Ce fort fut entouré de murs et fossés dont l’emplacement reste marqué par deux boulevards, traditionnellement dits celui du levant, le Plâtre, et celui du midi, la Grand Ranche, actuellement boulevards Victor Hugo et Waldeck-Rousseau. Comment ces deux étrangers ont-il mérité ce haut droit de cité ? On a oublié d'en dire un mot sur la plaque. Ces deux boulevards descendent vers le Gier et marquent largement le tracé de l'ancienne ceinture. Voilà le noyau de cette ville si active, chef-lieu de Châteauneuf. Renaud, des comtes de Forez, archevêque de Lyon de 1193 à 1226, fortifia Rive-de-Gier « Villam quoque de Ripa Gierii muris et aggeribus muniri fecit » (Obit. Lugd. Eccl.).
Au Moyen-âge, Châteauneuf et Rive-de-Gier se trouvaient dans une partie du pays lyonnais appelée le Jarez ou territoire du Gier (Jaris, ager Jarensis). Dans un document de 868, on trouve Garensis (M.C. Guigue Cartul. Lyonnais, I, 3.). La rivière voisine du Gier à son embouchure s'appelant Garon, comme qui dirait Petit Gier, il semble que l'ancien nom du Gier soit Gar ou Garus (A. Devaux : ‘Noms de lieux’, 1898) semblable à Garonne qui, paraît-il, signifie bruyante. De fait, le Gier devient vite bruyant et il s'élance d'une cascade, le Saut du Gier. Jaris serait donc le mot Garus adouci.Or, en ce pays de Jarez et au milieu du XIIIe siècle, à qui appartenait Châteauneuf ? A la famille de Roussillon, venue par mariage du Dauphiné dans le Jarez. En 1270, date de la mort de Saint-Louis, le seigneur de Châteauneuf avait nom Guillaume et son épouse, Béatrix. Etaient-ils de grands personnages? Guillaume était seigneur de Roussillon, sur les bords du Rhône, arrondissement de Vienne. Il était seigneur de Riverie qui s'appelait alors Riviriacus, peut-être de Rivïri-acus, propriété de Rivirius, ou de Riviria, localité au-dessus du ruisseau. Or, la seule seigneurie de Riverie correspondait à sept de nos communes : Saint-Romain-en-Jarez, Sainte-Catherine, Riverie, Saint-Didier, Saint-André, Saint-Sorlin, Chaussan. De par le testament de son cousin Aymar en 1271, Guillaume devint seigneur d'Annonay. Sa mère Artaude était fille de Guy IV et sœur de Guy V, ces comtes de Forez dont le chastel couronnait la butte au pied de laquelle est Montbrison ; imposant manoir, dont le temps n'a totalement ni abattu les murs et tours, ni effacé les chemins. Guillaume était frère d'Aymar, d'abord moine à Cluny, puis élu archevêque de Lyon dans le second des conciles tenus en cette ville, en 1274 ; frère encore d'Amédée, d'abord abbé de Savigny, puis évêque de Valence et en même temps de Die. L'une de ses deux sœurs, Alix, épousa Ponce Bastet, seigneur de Crussol, dont le chastel sur le Rhône, en face de Valence, élève encore, au-dessus d'un roc à pic, des ruines appelées Cornes de Crussol. Son autre sœur, Béatrix, épousa Gaudemar II de Jarez, seigneur de Saint-Chamond. Enfin, son épouse Béatrix de la Tour était fille du baron de la Tour-du-Pin et sœur d'Humbert Ier qui, par son mariage, devint dauphin de Viennois et fut le grand-père d'Humbert II qui céda le Dauphiné au roi de France… Guillaume et Béatrix étaient donc de grands personnages par position.
Eh bien, ils étaient grands aussi par le cœur. En voici la preuve. Cinq ans après la mort de Saint-Louis, décédé en la VIIIe croisade, Guillaume quittait propriétés et châteaux pour s'en aller outre-mer y affronter cimeterres et feu grégeois afin de guerroyer contre les Sarrasins, nos anciens envahisseurs, et secourir les chrétiens de Palestine. Son arrière grand-père, Guy III, comte de Forez, parti dans la IIIe croisade, était mort près de Jérusalem (‘Histoire de France’ : Aug. Bernard, ch. VII). Dans la VIIe, son oncle, Guy V, avait eu la jambe brisée sur le champ de bataille près de Damiette (Joinville XXVII).
Avant de s'éloigner, il fit son testament, le 11 août 1275, dans son château d'Annonay (Archives Nationales, P.1361). Par cet acte, Guillaume assigne leur part à chacun de ses huit enfants. Ce qui frappe, c'est le ton d'autorité car ces lignes sont parsemées du mot ‘Volo’, je veux. A un certain nombre de prêtres des environs il donne, et à chacun, trente sous comme offrande pour trente messes. II s'agissait de sous d'argent ; le sou de cuivre ne date que de Louis XV: au temps de Saint-Louis, à Paris, le sou valait environ 3 fr.70 d'aujourd'hui (Boutié : ‘Paris au temps de Saint-Louis’). Parmi les prêtres désignés, ceux de Pavezin, Châteauneuf, Tartaras, Dargoire, Saint-Maurice, Saint-Didier (S. Desiderii subtus Riviriacum), Mornant, Saint-Romain-en-Jarez, l'Aubépin, Chagnon, Longes, Valfleury (de la Valle florida), Saint-Genis (de S. Genesio in Terra nigra), les Hayes. Ensuite, on lit : « Je veux et commande que mes exécuteurs achètent de mon avoir LX douzaines de draps d'Annonay », C'était pour habiller les pauvres ‘pro pauperibus induendis’ .On devait faire la distribution à 240 pauvres, dans les trois ans après le décès, quatre-vingts personnes étant secourues par an. Première distribution à ceux de la terre d'Annonay, deuxième à ceux de la terre de Riverie, troisième à ceux de la terre de Roussillon.
Et à Béatrix, son épouse, cette mère qui a huit enfants, que donne-t-il ? « A dame Béatrix, mon épouse, je donne et lègue, mais pour son vivant, mon château de Châteauneuf « castrum meum de Castro novo» et tout ce que j'ai, je tiens, ou espère tenir en fief du seigneur comte de Forez, au comté de Forez ».
Son testament fait, le généreux Guillaume part ‘cheveteine’ c'est-à-dire capitaine. Sa troupe est ainsi fixée par une ordonnance de 1275 « C'est l'ordonnance que ly légat Symons, messire Erard de Valéry et ly connestable de France ont faite de gens que ly rois et ly légats envoyent outre mer, dont messire Guillaume de Roussillon est cheveteine. Premièrement l'on baille audict Guillaume cent hommes à cheval, c'est à scavoir XL archers, XXX arbalestriers et XXX sergents à cheval. Item l'on lui baille trois cents sergents à pied » (Roger : ‘La noblesse de France aux croisades’). Notre brave cheveteine arrive à Saint-Jean-d'Acre en octobre 1275. Il meurt en 1277 et vraisemblablement en Terre Sainte.Que devient Béatrix? Sur sa demande, le testament est ouvert par l'official de Vienne, le 3 janvier 1278 (‘Revue du Vivarais’. 1901). Elle se retire en son douaire, Châteauneuf, selon la disposition de son défunt, veuve fidèle de tout cœur au souvenir de ce loyal et preux chevalier. A Châteauneuf, elle partage son temps entre la prière, sa grande consolation dans les tribulations de son deuil et les soins dus à ses enfants. Préoccupée de bonnes œuvres, c'est de Châteauneuf qu'elle va partir pour désigner l'emplacement de sa grande œuvre, la Chartreuse de Sainte-Croix. L'Ordre célèbre des Chartreux existait depuis près de deux cents ans. Pourquoi Béatrix voulut-elle fonder une Chartreuse plutôt que tel autre établissement? D'une telle bienveillance elle trouvait des exemples dans sa famille. L'an 1200, son aïeul Hugues de Coligny avait fondé la Chartreuse de Sélignac. Son oncle, Bernard de la Tour, avait été le XIIIe Général de l'Ordre (1253-1258). Son frère Humbert, dauphin de Viennois, ayant abdiqué, se retira en la Chartreuse du Val Sainte-Marie de Bouvante où il mourut en 1307. Enfin, veuve vraiment éplorée et détachée du monde, aspirant elle-même à une vie solitaire, elle voulait favoriser quelques-unes de ces âmes qui ne peuvent vivre que dans la solitude, loin des mondains agités, comme telles plantes ne respirent bien et ne fleurissent bien que très abritées.
Le lecteur trouvera nos autres textes, à propos du sujet spécifique de Châteauneuf, sur le
Ruine de la chapelle 'La Madeleine’
Dans son étude sur le Jarez et ses seigneurs, M. de la Tour-Varan attribue aux Lavieu la construction du vieux manoir de Châteauneuf. Mais cet historien avoue lui-même qu'il ne peut fournir aucune justification de ce fait, et qu'il ne donne cette opinion que comme une simple probabilité (1).
La charte de fondation de ce monastère fut dressée, le 24 février 1280, dans le cloître de Taluyers (7), et c'est dans cette Chartreuse qu'elle passa les dernières années de sa vie. A sa mort, arrivée le 18 mai 1307, Châteauneuf revint aux mains de son fils Artaud V de Roussillon, seigneur de Roussillon, de Riverie et de Dargoire. Ce dernier mourut en 1316 et son fils Aymar de Roussillon fixa avec l'église de Lyon les limites respectives des seigneuries de Rive-de-Gier et de Châteauneuf, par une transaction portant la date du 18 février 1321 (8).
A la fin du XIVe siècle, l'hommage des terres de Riverie, Châteauneuf et Dargoire était dû, pour une cause qui n'a point encore été expliquée, à Jean, duc de Berry. Mais, en 1392, ce prince ayant été reçu chanoine de l'église de Lyon, céda au chapitre tous ses droits de suzeraineté sur ces diverses terres, et ce fut ainsi qu'Isabeau d'Harcourt en fit hommage entre les mains du doyen du chapitre, le 17 septembre 1401 (14).
Dans son testament, Isabeau d'Harcourt ordonne aussi qu'à l'avenir les seigneurs de Riverie ou leurs officiers ne pourraient plus, comme ils en avaient le droit auparavant, juger et connaître, à aucun degré, des causes des habitants de Châteauneuf et de Dargoire; mais les procès des lieux de Chagnon, d'Ampuis et de la Garde, qui ressortissaient autrefois en appel de la juridiction de Châteauneuf et de Dargoire, devaient être soumis, à l'avenir, à la connaissance des officiers de justice de Riverie.
Néanmoins, Chevrières envoya à leur poursuite quelques cavaliers avec 200 arquebusiers qui firent mine d'investir Châteauneuf. Mais la garnison fit bonne contenance, et l'affaire se borna à quelques escarmouches qui se renouvelèrent à plusieurs reprises pendant la nuit mais qui furent sans résultat.
La Chapelle de la Madeleine et la Maison hospitalière étaient séparées par un pré qui s'étendait au bas jusqu'au Gier et qui fournissait le foin pour le ravitaillement des mulets. Ce pré a été coupé par la nouvelle route de Lyon en 1879 et, dans sa partie inférieure, la plus grande, se tient toujours, de la Sainte Madeleine à la Saint Christophe, la très antique et célèbre foire dite ‘de la Madeleine’, qui était une succursale de celle de Beaucaire. Cela représente une affluence jadis considérable à la Maison hospitalière, sans parler du trafic de la vieille route de Lyon qui passait juste au nord de la Maison pour aboutir devant la Chapelle. La pente en a été adoucie en 1786 par un pont d'une seule arche. La même année, le 22 novembre, la Chapelle, pour cause d'excès commis par de mauvais sujets, fut interdite par Mgr de Montazet, et sa démolition ordonnée par M. de Lacroix de Laval, vicaire général. Cette décision ne fut pas exécutée et la piété des fidèles pèlerins fut plus forte que la décision épiscopale. En 1830, la Chapelle, délabrée pendant la Révolution, fut restaurée par M. Journoud, généreux chrétien de Rive-de-Gier, qui fit refaire les croisées du choeur et la toiture. Cette restauration ne dura pas très longtemps. La paroisse de Saint-Maurice, y voyant une concurrence, s’en désintéressa. La paroisse de Saint-Jean, créée en 1838, qui reçut et conserva canoniquement ce quartier pendant huit ans, n'avait pas les moyens, ayant une église à bâtir, de soutenir cette charge. Finalement, la Chapelle de la Madeleine, en ruines mais toujours visitée par les pèlerins, qui faisaient brûler des cierges dans les ronces qui l'envahissaient, fut non détruite mais ensevelie sous des déblais. Nous avons heureusement sa photographie et son plan. Le culte de Sainte Madeleine et de Saint Jacques fut transféré à Châteauneuf. A cette affluence considérable de pèlerins, d'acheteurs de la foire venus de toute la région et de très loin, des muletiers des mines se joignirent pour la grande fête patronale qui dure plusieurs jours, puis les ouvriers, puis les bateliers du canal dans le premier tiers du XIXe siècle. Ils avaient, à Rive-de-Gier, leur centre de ravitaillement, avec une immense écurie pour les chevaux de halage, dans une auberge qui prit l'enseigne de ‘la Pomme’, actuellement au Cercle de Saint-Jean. Ce contingent nouveau, à son tour, fêta Saint Christophe avec Saint Nicolas, puis ce furent les ouvriers constructeurs de la nouvelle voie du chemin de fer, lequel tua le trafic du canal. Saint Christophe de Châteauneuf adopta à nouveau les cheminots; et voilà pourquoi, du haut de la colline, dimanche prochain, aura lieu, en même temps que la bénédiction des routes, celle de la voie ferrée.
Ces éléments étaient, comme nous le voyons, à la portée de tous lecteurs de ce journal. Nous relevons, dans ce texte, les fêtes votives de la Madeleine au pied de Châteauneuf et les saints personnages honorés à ces occasions, directement ou indirectement : St Christophe, Ste Marie-Madeleine, St Jean et St Jacques.
Toujours est-il que ce secteur dut être connu des romains et probablement bien avant, comme en témoignent quelques découvertes faites lors de défrichements, comme en fait état un échange de notes et courriers entre un maire local et un religieux de la paroisse de Rive-de-Gier. Non seulement les vestiges de l’antique chemin ‘creux’ sont encore visibles en deux endroits, mais on retrouve également des ‘abris sous roches’ et quelques points mégalithiques, certes de moindre importance que leurs frères plus connus du Pilat. Cependant, nous ne connaissons pas une autre pierre ‘sonnante’ comme celle connue (encore de quelques personnes âgées locales) sous le nom de ‘pierre Flage’, à peu de distance dans les taillis du vieux chemin, à environ 1 km de Trèves et proche de Cenna. Sur ces roches oubliées se lisent de nombreuses cupules et pétroglyphes sur lesquels nous ne manquerons pas de revenir prochainement en détail.
On trouve également un piton métallique, sans doute prévu pour maintenir la statue contre le mur. Au dessus de celui-ci, la tête d’un clou très ancien apparaît… sans qu’on en comprenne l’utilité. Au haut de l’œuvre, deux trous (vers l’étiquette ronde) laissent penser qu’une autre fixation devait finir d’assurer l’ancrage et la tenue bien verticale. Le ‘banc’, sur lequel Ste Anne est assise, est creux. Si on peut supposer que le sculpteur ait voulu alléger son œuvre, on sait qu’autrefois cette cavité comportait d’importantes traces, vaguement rectangulaires, de cire jaunâtre avec des cassures nettes. Visiblement, il y avait quelque chose de fixé à la cire à cacheter dans ce creux qui alors devait faire office de ‘tombeau’ pour une relique par exemple. Mais, comme Béatrix vivait au moment de cette représentation, on peut exclure que la ‘mémoire’ lui soit attribuée. Il nous reste néanmoins l’hypothèse d’un vestige voué à Ste Anne, la Vierge Marie et… Jésus (éclat de bois de la ‘vraie’ croix par exemple). Il se peut aussi qu’il y ait eu autre chose de fixé dans ce creux, comme par exemple une petite capsule avec un contenu plus ou moins sacré, superstitieux ou… historique ! Ce qui est pour le moins curieux, c’est qu’en quelques années (nous n’avions pas revu cette merveille depuis près de 20 ans) tous les vestiges de la cire à cacheter aient disparu… Ce n’est, en fin de compte, pas très grave puisque nous avons d’anciens clichés où ce ‘détail’ se voit parfaitement…
Vers 1789, la sculpture disparaît, discrètement mise hors de portée par des mains pieuses, de la fureur révolutionnaire et ses brasiers… jusqu’en 1934 où elle sera retrouvée par le père Granjean. Il est des plus curieux d’apprendre que ce prêtre la récupère dans les réserves du musée de Fourvière à Lyon. Si certains attribuent cette ‘retrouvaille’ à la chance, nous émettrons, quant à nous, des remarques moins dociles. En effet, comment expliquer cet heureux hasard sans quelques ‘coups de pouce’, comme celui de remonter jusqu’à ceux qui vivaient un siècle et demi auparavant et qui, ‘sachant’ le pieux geste, en avaient soigneusement informé leur descendance à toutes fins utiles. Mais ceci ne nous suffit pas car même si Granjean put, par sa fonction de prêtre, ‘délier’ les langues et les mémoires, ce genre de ‘confession’ n’explique pas tout. En effet, il reste à savoir par quelle phénoménale providence cette vénérable statue fut retrouvée par les rabatteurs ecclésiastiques de l’évêché et dissimulée, car c’est le seul mot qui convient ici, dans les ‘réserves’ du musée de Fourvière. Et, ici, le seul fruit du hasard ne nous suffit pas comme explication. Nous ajouterons que, non seulement il fallait savoir où la récupérer, donc disposer d’informations précises, mais encore le faire discrètement… sans éveiller de soupçons ou bavardages, et ensuite porter beaucoup d’intérêt à ce précieux témoin d’une ‘autre’ histoire de cette région. Il serait, avant tout, indispensable que l’évêché ait su l’existence d’une statue sur un territoire qui n’est pas le sien (Loire et non Rhône), et lui porte une telle importante attention qu’il envoie ses ‘représentants’ pour une récupération quasiment clandestine. Ensuite, si l’on en croit le bon père Granjean - et pourquoi ne le croirions-nous pas - après toute cette opération ‘commando’, l’objet de tant de convoitise… est relégué dans ‘les réserves du musée de Fourvière’, comme une vieille chose sans intérêt. Il y a là de quoi s’interroger sérieusement. Mais ensuite, si l’on en croit le père Joseph Garlatti, la statue de Châteauneuf n’était pas le seul objet, en provenance de Châteauneuf, caché au moment de la Révolution. L’information que nous détenons fait mention, certes, d’un acte pieux ayant sauvegardé des témoignages religieux populaires d’un secteur du Pilat… Il est précisé, en outre, que la main qui mit à l’abri la statue et d’autres objets sacrés n’était pas celle d’un profane mais bel et bien d’un chartreux dont on nous a également donné le nom !
St Anne, Arques
“Environ l’an six cent soixante cinq, un gentilhomme nommé Valdebert seigneur de Lupé (qui est un château et ancienne place du FOREZ appelé en latin Luponium) fort vertueux et craignant Dieu, grand ami de St Ennemond archevêque de Lyon fut mandé par ce saint pour le venir voir et le consoler dans les grandes persécutions que lui faisait Ebroin...” Ce texte de J. Marie de la Mure, traduit en 1674, relate un évènement remontant au 7ème S. et fait état de l’importance des seigneurs de Lupé.
Les Falatier et la grande Ourse
Alliance avec la maison d’Arques

Le pentacle sur la fenêtre (Champailler)
Après cette étrange halte, poursuivons le périple par des lieux dont nous retiendrons les noms: “Le Purgatoire”, “Le Paradis”, “L’Ermite”, “L’Enfer”... Nous arrivons enfin à “La Trève du Loup” et au but, sans issue, de notre cheminement: la chapelle Ste Madeleine. Là encore le petit édifice dénué de style ne justifie toujours pas un tel luxe de protection. Seul à l’intérieur un tableau peut retenir le regard. Il s’agit d’une représentation de Marie-Madeleine... dont nous avons la preuve qu’elle servit de modèle à Bérenger Saunière pour la peinture son maître-autel!!
Il y a moins de 10 ans, des travaux importants de réhabilitations furent conduits dans le château de Lupé. Des gravures, des peintures se trouvèrent remises en valeur. Des documents concernant des travaux très anciens seront retrouvés à cette occasion... entre les poutres des plafonds... afin que la poussière ne tombe pas! Nous dit-on avec le plus grand sérieux!!!
Il y a dans l’église de Rennes-le-Château, un message bien en vue, un message que Bérenger Saunière a signalé à notre attention en y travaillant lui-même, puisqu’il serait l’auteur, dit-on, des peintures qui le décorent. Le lecteur aura compris que nous voulons parler de la représentation de Marie-Madeleine placée sur le devant de l’autel, dans l’axe de l’allée centrale.
Et, enfin, si le Pilat parait bien loin de Rennes-leChâteau, cette montagne marquait encore la limite territoriale du Languedoc, auquel appartient le Razès. Jadis, c’était la même province. Et tout comme le Razès, le Pilat était autrefois sauvage et désertique; on y trouve justement plusieurs lieux-dits “les Razes” ou “le Raza”, dont l’étymologie est identique à celle du Razès: terre “rase”, désertique... Pays de légendes aussi, le Pilat possède de multiples traces de son passé, de l’époque mégalithique, ou du Moyen-âge qui le vit occupé par les châteaux forts des familles nobles ou par les monastères des ordres religieux. Le Pilat qui possédait des vallées particulièrement reculées vit l’une d’elles servir de cadre à l’implantation d’une chartreuse, Sainte-Croix-en-Jarez, dont nous aurons à reparler...


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